Forum de la guilde RP Le Talandra, Navire marchand des mers d'Azeroth, sur le serveur Kirin Tor du MMORPG World of Wacraft.
 
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 [BG] La Gamine

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Asélryn
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MessageSujet: [BG] La Gamine   Sam 8 Fév - 14:18

[J'ai retrouvé par hasard mon vieux background pour Asélryn, je l'ai légèrement rajeuni mais la base du texte a déjà plus de 3 ans]



Une nouvelle larme vient se disloquer sur les dalles humides.
 
La tête entre les mains, sa longue chevelure noire cachant son visage, elle pleure, comme jamais elle n’avait pleuré.
 
L’après-midi va s’achever, on entend les sons étouffés venus des quartiers commerçants, les flots en contrebas remuent paresseusement sous le souffle chaud d’une journée d’été. Rien ne bouge, seulement quelques sanglots fréquents, seule, elle pleure.
 
Jusqu’ici, papa et maman étaient toujours là pour apaiser ses peines mais aujourd’hui, le malheur est incomparable. Elle ne veut pas les voir, les choses ne feraient qu’empirer.
Et ces questions qui lui martèlent le crâne, comme pour lui confirmer qu’elle ne rêve pas, comme pour laisser le champ libre au désespoir.
 
Pourquoi…
Mais pourquoi…
Pourquoi n’en suis-je pas capable ?
Pourquoi la Lumière ne veut pas me réponrde ?!
 
Le visage émacié du vieux frère Ornel lui revient en mémoire. Lui aussi fondait beaucoup d’espoirs en elle.
Elle lui avait causé une déception immense, mais certainement incomparable à celle qu’auraient ses parents. Ils devaient être au courant à présent, frère Ornel devait les avoir prévenus. Elle ne voulait pas les voir.
 
Jamais elle ne connaîtrait l’harmonie dont ils lui avaient tant parlé, jamais elle ne marcherait sur leurs pas, jamais elle ne ferait leur fierté. Elle n’était plus qu’une pauvre ratée.
 
Elle reste assise au milieu de l’amas de caisses abandonnées au bord des canaux. Elle veut rester seule, elle pleure en silence. Que va être sa vie maintenant ?
Ses parents, tous deux paladins fiers et braves, comme dans les histoires, comment pourraient-ils vouloir d’une fille isolée par la Lumière, repoussée par celle-ci ?
 
Les questions se bousculent toujours et la malmènent. Elles se pressent, la torturent, elle reste seule et pleure. Seule ? Non, pas vraiment en fait. Ses yeux n’ont pas encore l’expérience.
 
Il l’observe depuis un moment, invisible grâce à cette technique mystérieuse qui fait toujours débat ouvert chez les sorciers comme si l’absence de magie dans l’inconnu les perturbait.
 
Il ne se montre pas. Il n’en a pas envie. Il ne sait pas ce qu’il pourrait lui dire en apparaissant soudain devant elle. Non, il attend. Lui aussi compte sur elle.
 
Ses yeux gris embués, elle relève la tête après un long moment. Un nouveau sanglot lui secoue les épaules.
Le soleil décline, la nuit va bientôt tomber. Si les rues de Hurlevent sont sûres de jour, la nuit les transforme en coupe-gorge. Elle se sent incapable de rentrer chez elle, incapable d’affronter ce qui l’y attend…
 
Elle plisse les yeux. Il y a quelque chose…
Elle ressent, plus qu’elle ne voit, la chose devant elle. Devient-elle folle maintenant ?
Elle préfère tendre la main en avant pour se rassurer.
 
 
Il sourit. Lui, elle ne l’a pas déçu. Lentement, il laisse les Ombres glisser sur lui et se révèle entièrement.
 
« - Salut Asélryn. »
 
Elle crie et recule contre le mur derrière elle. Elle essaie d’appeler à l’aide mais l’homme pose un doigt contre ses lèvres avec douceur.
Les cheveux bruns ébouriffés, le visage rieur mais marqué de légers cernes, la barbe bien coupée lui encadrant le visage. Il porte une armure de cuir sombre et elle devine les lames cachées en dessous. Il a tout d’un assassin mais ses yeux verts tentent malgré tout de la rassurer.
Il connaît son nom, elle ne sait comment, mais elle est certaine qu’elle l’a déjà vu. Oui, c’était il y a moins d’un an… Elle ne sait que deux choses sur lui : Papa le déteste et il s’appelle…
 
« - Sh…
- Shenak, oui c’est ça ! »
 
Il croise les bras et affiche un large sourire.
Elle se souvient. Il était venu à la maison un soir. Papa avait refusé de le laisser rentrer et lui avait crié dessus jusqu’à ce qu’il parte. Elle lui avait demandé qui il était et son père avait juste répondu « un indésirable » avant de changer de sujet.
 
« - Bon sang, treize ans ? Le jour de ta naissance me paraît si proche, et pourtant, tu as déjà l'air d'une grande fille, tu vas être comme ta mère ! »
 
Ses yeux s’embuent.
 
« - Oh non, je suis désolé je voulais pas… Ecoute, ce n’est pas aussi grave que tu le penses. »

Elle ne le quitte pas des yeux.
 
« - Oui, bon. J’avoue que je t’ai observée presque toute la journée. Aujourd’hui était un grand jour non ? »
 
Elle ne répond pas. Lui non plus ne sait pas vraiment que dire pour la rassurer.
 
« - Hem... Tu… tu redoutes la réaction de tes parents après ton échec au test de l’appel de la Lumière ? Oui, tu étais largement en âge mais tu t’en fais trop, crois-moi. J’ai vu ça de mes yeux mais j’avais pressenti le résultat à vrai dire. »
 
Il accompagna ces mots d’un sourire énigmatique. Il lui faisait peur, mais sa présence avait tout de même quelque chose d’apaisant. Quel homme étrange…
 
« - Si tu as pu me voir, alors c’est que j’ai vu juste. Je pense que tu as juste mal choisi ton chemin. »
 
Silence…
 
« - Tu pourrais au moins dire quelque chose. J’ai l’impression de parler seul. J’ai quelque chose à te proposer, j’y pense depuis un certain temps tu sais. Un grand homme a dit un jour : Là ou la Lumière échoue, les Ombres, des obstacles se jouent… »
 
Regard incompréhensif, le silence se prolonge.
 
« - Pas ces ombres-là ! Je ne te parle pas de devenir une sorcière ou une dompteuse de démons, non ! »
 
Il lui adressa une expression dégoûtée, vaguement comique pour tenter de la détendre mais ses yeux gris étaient toujours braqués sur lui, sans un seul mot. Il reprit alors un ton sérieux mais toujours en douceur.
 
« - Je ne parle pas des Ombres magiques, mais de celles qui attendent en silence, qui te rassurent, qui t’offrent un refuge et des possibilités, celles qui règnent sur la nuit, qui jouent avec les illusions, qui te font voir ce que personne ne voit, qui font même que personne ne te voit… Celles des maîtres des Ombres. »
 
Asélryn écarquilla les yeux.
 
« - … maîtres des Ombres… ?
- Ah ! Enfin tu ouvres la bouche ! Et oui, c'est ça. Depuis le temps que je t’observe, je sais que tu as ce qu’il faut pour ça. Oublie juste tous les clichés négatifs qui leur sont liés, c’est toujours moins nocif que de pratiquer de la magie ! Je vais t’en dire plus, c’est parti !
- Mais qu… Hey ! »
 
Shenak l’interrompit en la prenant par le bras pour l’entraîner avec lui, un large sourire aux lèvres.
 
« - T’inquiète pas pour la suite, je suis persuadé que tu as du talent dans ce domaine ! J’ai du flair, fais-moi confiance. »
 
Asélryn fut emportée sans la force, ni le désir de s’enfuir, totalement désorientée, jusqu’à que Shenak n’ajoute la phrase qui eut le don de lui remettre les idées en place.
 
« - Et puis bon… je peux pas laisser ma nièce seule dans un état pareil ! »
 

Sa nièce ?!

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Asélryn
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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Dim 9 Fév - 17:54

Le choc fut brutal et lui coupa littéralement le souffle. Elle resta immobile quelques secondes, le visage déformé par la douleur puis tenta de remuer un peu au sol mais ça ne faisait que raviver l’onde qui lui transcendait les os.
Shenak se passa une main sur le visage puis secoua la tête, toujours perché sur le toit.
 
« - Ta chute alerte les hommes en faction et ils t’exécutent sans la moindre forme de procès… fin de l’histoire. Très convaincant ton numéro de funambule cela dit. »
 
La jeune fille ouvrit difficilement les yeux et lâcha quelques mots entre deux suffoquements douloureux.

« - Tu m’as… mis un corde trop fragile… !
- Tu aurais du t’en rendre compte par toi-même et chercher un autre chemin.
- Tu crois que je me suis engagée… là-dessus sans… sans chercher plus simple ? »
 
L’homme ne répondit pas et récupéra la partie de la corde sectionnée par le poids d’Asélryn tout en restant sur sa portion de toit puis dénoua la base attachée au bâtiment. Ses gestes étaient vifs et précis, trahissant une habitude certaine, et sa nièce parvenait à voir chacun d’entre eux malgré la distance. Shenak récupéra ainsi un peu plus de trois mètres de corde, qu’il plia deux fois, puis il s’approcha du haut rempart auquel jouxtaient les habitations. Il se courba légèrement puis s’élança, marchant directement sur la paroi verticale, et atteignit une bonne hauteur grâce à son élan, mais insuffisante pour s’accrocher aux créneaux.
 
Dès qu’il eut atteint le sommet de son ascension, une extrémité de la corde dans chaque main, il envoya la large boucle autour du créneau de granit située directement au-dessus de lui et se suspendit au rempart. L'épaisseur doublée de la corde supportait sans peine Shenak, qui était clairement plus lourd que sa nièce. Il joignit les deux bouts pour tenir le tout d’une main, puis de l’autre, et atteignit vite le créneau. Après une rapide vérification, il se hissa sur le mur et passa de l’autre coté de la rue par le chemin de ronde, avant de redescendre sur le toit que sa nièce devait atteindre.
 
Il adressa un sourire goguenard à Asélryn, qui après avoir retrouvé son souffle s’était redressée et était restée au sol en regardant son oncle traverser l’obstacle qui la tenait en échec.
 
« - Tu t’es servi de la corde que j’ai brisée, t’avais tout prévu ! C’est quoi cette vieille combine ?!
- Je n’avais pas prévu de faire ça, ni même de te voir échouer. Quand à cette combine, elle a un nom. »
 
Il s’accroupit en lui adressant son inséparable sourire énigmatique avant de préciser :
 
« - L’improvisation. »
 
 




 
« - Je te vois… »
 
Soupirant, l’air profondément ennuyé, Shenak effectua un rapide balayage à sa droite. Les Ombres cachant Asélryn se dissipèrent tandis qu’elle chutait en avant. Elle eut le temps de placer ses mains devant elle pour amortir la chute avec un grognement. Son oncle ne lui jeta pas un regard.
 
« - Je croyais t'avoir dit de pratiquer en mon absence. L'illusion est l’un de nos atouts principaux et s’il n’est pas parfait, tu seras peut-être moins visible mais on te repérera au premier coup d’œil si tu t’approches. »
 
La jeune fille se releva et le fixa de dos, vexée et la mine légèrement boudeuse.
 
« - Et pas la peine de me regarder comme ça. Tu n’as plus treize ans, comporte-toi comme une grande fille…
- J’en ai quatorze, y a pas de grande différence ! Et puis je manquerais moins d’entraînement si t’étais plus souvent là pour m’aider ! Tu crois que c’est facile de progresser seule ?!
- Je me suis formé sans l’aide de qui que ce soit. Les Elraan finissent tous serviteurs de la « sainte Lumière » normalement, on a beaucoup de chance au fond. Et je t’informe que je dois déjà négocier plus que je ne le devrais auprès de mes supérieurs pour avoir le temps nécessaire à ton entraînement.
- T’aimes pas les paladins hein… ? »
 
Asélryn lâcha ses mots d’un ton froid. Si une chose n’avait pas disparu depuis que son oncle l’avait recueillie, c’était bien le respect immense envers ses parents, et pour les paladins en général. Shenak daigna enfin lui faire face, son petit sourire aux lèvres.
 
« - Là où la Lumière échoue, les Ombres des obstacles se jouent… c’est le mot d’ordre de ceux qu’on ne voit pas. N’oublie pas ça. »
 
Il s’évapora littéralement, laissant sa nièce avec cette phrase étrange qui la laissa juste un peu plus confuse.

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Lun 10 Fév - 21:18

Asélryn resta aussi droite que possible. Le gobelin en armure noire lui tournait autour et l’inspectait minutieusement. Ses petits yeux noirs avaient quelque chose de malsain, comme s’ils cherchaient sans cesse d’hypothétiques défauts pour venir étoffer ceux déjà présents. Son oncle l’avait prévenue en plus.
Si tu as le « Kriss » comme examinateur, essaie de ne surtout rien faire de travers. »
 
Portant toujours la vieille armure de cuir que lui avait trouvée Shenak, elle n’avait plus rien de la gamine en larmes qu’il avait recueillie. Alors âgée de quinze ans, l’adolescence faisait son œuvre. Son visage s’affinait, ses cheveux étaient désormais coupés plus courts, au niveau des épaules, sa silhouette commençait à se dessiner mais ses yeux gris transparents étaient toujours les mêmes et distillaient encore cette impression troublante pour celui qu’elle fixait. Elle n’était pas très grande, mais suffisamment pour surplomber le gobelin de plusieurs têtes.
 
Le nommé Renzik cessa son inspection et planta son regard mauvais dans le sien. Il pointa vers elle une griffe parfaitement taillée, si elle n’était pas même aiguisée.
 
« - T’as pratiqué une magie bizarre ou quelque chose du genre pour avoir ça ? »
 
Elle comprit qu'il s’intéressait à ses prunelles. Sa voix était assez grave pour un gobelin, mais grinçante et pleine de mépris.
 
« - Non c’est… juste un bleu très clair… je crois. »
 
Avant même de finir sa phrase, elle savait qu’elle aurait du prendre un ton plus assuré. Et puis sa réponse était stupide, alors sur un ton aussi minable… Shenak lui avait pourtant répété sans cesse quel devait être son comportement.

Toujours brève et sûre de toi, aucune précision inutile, être tranchante oralement pour laisser imaginer à quel point tu peux l’être avec une lame et surtout, surtout, ne jamais paraître impressionnée.


Elle avait déjà tout faux.
Le « Kriss » lui montra une rangée de dents, non, de crocs étincelants, esquissant un rictus méprisant avant de s’éloigner en lâchant un simple :
 
« - Par ici… »
 
 
 
Les pointes sombres de l’édifice semblaient plus hautes et plus menaçantes chaque seconde, à mesure que la barque approchait. Le faible croissant de lune était bien insuffisant pour éclairer correctement les canaux. La prison de Hurlevent les toisait de son ombre immense. Asélryn connaissait ce bâtiment pour être passée d’innombrables fois devant, de jour comme de nuit, mais elle était bien incapable de maîtriser les battements affolés de son cœur. Le Kriss ne laissait pas transparaître quoi que ce soit, pendant qu’un homme vêtu d’une armure noire et portant un masque qui laissait à peine paraître ses yeux faisait avancer l’embarcation à la rame, presque sans le moindre remous dans les eaux froides du canal.
 
Shenak l'avait prévenue que le SI:7 voudrait probablement mettre son agilité à l'épreuve. Et si Asélryn avait du talent dans un quelconque domaine, c’était sans aucun doute l’escalade. Il lui arrivait même d’y surpasser son oncle. Ses précédentes observations de la prison lui avaient révélé quelques prises, il ne faisait aucun doute qu’elle réussirait cette ascension sans trop de difficultés. Mais la crainte lui nouait le ventre sans qu’elle ne puisse se l’expliquer…
 
« - Tu dois avoir compris ce que tu as à faire. Nous avons accroché quelque chose au sommet de la plus haute pointe de la prison haute sécurité. A toi de le récupérer et de le ramener… Ah et au fait, personne ne sait que nous sommes ici, évite de te faire prendre par les factionnaires parce qu’on ne viendra pas te chercher. »
 
Asélryn leva les yeux. La taille du bâtiment semblait avoir doublé depuis sa dernière venue. Elle souffla un bon coup puis inspecta le mur dont la barque approchait lentement, décelant ses premières prises. Les pierres assemblées en un véritable rempart se faisaient de plus en plus proches tandis qu’elle essayait de prévoir ses mouvements au maximum pour ne pas perdre de temps. Le rameur donna soudain une impulsion dans le sens inverse, stoppant presque immédiatement l’embarcation, et la voix de Renzik siffla :
 
« - Vas-y ! »
 
Elle bondit de la barque, achevant de la faire repartir dans l’autre sens, et s’agrippa aux premières imperfections du mur qu’elle avait repérées. Celles-ci n’offraient que trois prises mais avoir la jambe gauche dans le vide ne l’empêcha pas de bien se réceptionner. Immédiatement, elle se hissa à la force des bras pour appuyer ses deux pieds sur une roche dépassant suffisamment, puis, d’une impulsion, elle plaça ses mains dans les anfractuosités du mur, un peu plus haut.
 
Son ascension se poursuivit à un rythme effréné. Asélryn n’osait pas s’offrir la moindre seconde de repos pour trouver ses prises suivantes. Elle ne se rendait compte de leur présence qu'au moment de les saisir. Une sorte d’instinct guidait ses gestes, lui faisant oublier le Kriss, le SI:7, tout… Elle n’avait à l’esprit que la volonté d’aller plus haut, plus vite, toute peur l’avait abandonnée. Elle arriva vite au premier chemin de ronde.
La jeune fille resta accrochée quelques secondes aux créneaux le bordant, s’offrant sa première trêve depuis le début de son ascension. Mais le souffle ou la fatigue n’y étaient pour rien. Elle sentait ses ressources décuplées et aurait bien pu tenir ce rythme pendant longtemps encore. Elle resta immobile plusieurs secondes, concentrée à l’extrême, puis se hissa une fois assurée qu’aucun garde n’était présent. Elle n’avait pas entendu le moindre souffle, le moindre cliquetis d’acier et ses yeux confirmaient sa pensée. Personne…
 
D’un bond agile, elle atteignit la nouvelle paroi et reprit l’escalade. Le second chemin de ronde fut lui aussi désert sur la portion qu’elle avait à traverser. La chance était de son coté, elle ne devait pas plus perdre de temps.
 
Elle se hissa enfin sur le toit de la prison sans avoir perdu une once de son agilité. D’un pas rapide mais silencieux, elle approcha la haute pointe surplombant le sommet. Quelque chose était bel et bien accroché au pic de pierre mais elle ne pouvait toujours pas dire de quoi il s’agissait. Ce dernier obstacle était lisse au possible, sans la moindre prise. Si elle tentait de grimper comme elle l’avait fait jusque là, elle glisserait irrémédiablement.
 
Quelques secondes de réflexion lui suffirent.
 
Remerciant intérieurement son oncle, elle défit sa ceinture puis vint juste devant la pointe. Elle passa la ceinture autour de celle-ci et tînt fermement chaque extrémité dans une main. Asélryn s’appuya alors contre l’obstacle, tirant la ceinture de tout son poids, et l’escalada lentement, totalement courbée pour « marcher » à la verticale tout en tenant la lanière de cuir. De brèves impulsions lui permirent de garder la ceinture à son niveau tout au long de l’ascension. Lorsqu’elle arriva enfin au sommet, elle put voir le sac de tissu en partie traversé par la pointe de granit et le décrocha d’une main, se tenant toujours de l’autre. Elle laissa tomber son chargement en-dessous d’elle pour pouvoir redescendre et l’entendit émettre un son creux en tombant sur le toit.
 
Asélryn se laissa glisser jusqu’au sac et le vida sans hésiter. Il s’agissait d’une petite boîte en bois ornée de gravures.
Le lion, symbole de Hurlevent, devant lequel s’entrecroisait une paire de lames. La même chose était visible des quatre cotés de la boîte, le dessus et le dessous étant parfaitement lisses. Elle la remit alors dans le sac, qu’elle attacha à sa ceinture, une fois celle-ci repassée à sa taille.
 
La descente fut bien plus rapide. Sans cesse en mouvement, on aurait pu croire qu’elle chutait librement, en ralentissant à peine sa descente à l’aide des prises lui ayant permis de monter. Elle traversa rapidement le chemin de ronde supérieur qu’elle avait aisément pu voir vide depuis sa position surélevée. Elle se stoppa soudain en arrivant vers l’inférieur. La chance la quittait au dernier moment, deux gardes venaient de s’installer sur le passage. Elle entendit d’autres parler depuis les autres façades de la prison, la relève de la garde venait de prendre sa place.
 
Asélryn se stoppa au-dessus des deux, sous le couvert des Ombres, gargouille silencieuse ne demandant plus qu’à s’envoler. Elle ne pouvait pas se résoudre à les contourner et chercher une faille. Elle perdrait trop de temps ! Les gardes ne semblaient pas vouloir bouger avant d’avoir minutieusement inspecté les canaux en contrebas. Comment allaient faire le Kriss et son larbin ? Elle retînt un soupir exaspéré. Elle allait encore devoir en faire trop…
 
Elle descendit sans le moindre bruit, juste derrière eux, courbée et chaque sens en alerte, prête à réagir si l’un des gardes venait à détourner un peu trop son regard des canaux. Elle agit alors avec force et vivacité.
 
Son tibia vint faucher les jambes du premier homme, juste derrière les genoux pour le faire chuter en arrière tandis qu’elle posait une main sur son casque pour le faire se heurter au sol avec le plus de violence possible. Le second la vit dès que son partenaire fut à terre et dégaina son épée mais elle se rua sur lui, une main sur le poignet de l’homme, au moins pour ralentir la sortie de son arme, l’autre tenant une minuscule lame à l’aide de laquelle elle sectionna les attaches de son casque. Le garde réussit à sortir son épée, dépassant Asélryn physiquement, et tenta de la faucher avec. Elle se jeta à terre pour éviter l’attaque, puis roula sur le coté en se redressant prestement. Elle fut sur son adversaire en une seconde et fit voler son casque dessanglé d’une frappe de la paume. Le visage du garde était jeune et la peur s’y lisait sans la moindre difficulté. C’était à peine s’il était plus âgé qu’elle et à la tenue de cette dernière, il croyait sans doute à un assassin.
 
Profitant de cette peur, elle bondit sur la jeune recrue, lui grimpant littéralement dessus et son genou heurta violemment la mâchoire du malheureux dans un claquement sec. Il chuta en arrière sonné tandis que le premier garde semblait reprendre doucement ses esprits. Asélryn posa le pied à terre et n’attendit pas une seconde pour revenir à ce dernier, d’autant plus que les autres ne tarderaient pas. Elle perdait bien trop de temps avec ces gardes. Elle s’approcha de son adversaire, évalua rapidement ses possibilités ainsi qu’un moyen de le neutraliser rapidement. Elle se résolut à un violent coup de talon à l’entrejambe qui arracha un cri étouffé à sa victime. Au moins, il ne bougerait plus avant un moment.
 
Elle atterrit enfin sur le bois usé de la barque. Renzik ne lui accorda pas un regard, les yeux toujours fixés sur sa montre-gousset.
 
« - Treize minutes et vingt-sept secondes… »
 
Asélryn resta bouche bée. Il ne s’était pas écoulé un quart d’heure depuis son départ mais elle avait la ferme impression d’y avoir passé près d’une heure entière. Son regard revint vers la prison dont ils avaient commencé à s’éloigner et d’où des éclats de voix provenaient. Comment avait-elle pu faire l’aller-retour en si peu de temps ? Elle repensa à tout ce qu’elle avait pu faire et allait de surprise en surprise. Elle avait neutralisé deux gardes de Hurlevent à elle seule ! Et malgré cela, elle avait effectué l’ascension et la descente de ce bâtiment bien plus vite qu’elle ne s’en croyait capable. Son oncle lui disait qu'elle était douée, mais s'il ne lui avait pas appris à se défendre elle n'aurait pas fait un pli face aux gardes.
 
Après la surprise vint la joie. Elle avait accompli une performance exceptionnelle qui lui avait sans doute permis d’impressionner l’examinateur le plus dur et le plus borné du SI:7 ! Il lui suffisait à présent de ne pas être ridicule sur les épreuves suivantes et elle serait des leurs tout comme son oncle ! Elle ne put réprimer un sourire de gamine ravie, caché en grande partie aux deux agents par l’obscurité. Le Kriss sortit alors un petit calepin et se mit à griffonner rapidement quelques mots, probablement sur les exploits d’Asélryn. Elle se plaça derrière lui le plus discrètement possible pour tenter de voir quelque chose de son appréciation mais le gobelin la remarqua rapidement et rangea ses notes.
Malgré tout, elle avait eu le temps de lire un seul et unique mot :
 
Médiocre…

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Mer 12 Fév - 19:36

Renzik se stoppa brutalement au milieu de la rue. Littéralement abattue, Asélryn ne le remarqua pas immédiatement et manqua de le heurter. Il resta quelques secondes immobiles après avoir jeté un œil aux deux roublards à ses cotés. Puis soudain, il bondit. A voir sa carrure rabougrie et trapue, Asélryn n’aurait jamais soupçonné une telle agilité de sa part. Il prit appui sur le mur pour continuer son ascension puis se rattrapa sur le rebord de la toiture avant de se hisser. Elle n’était pas encore remise de sa surprise lorsqu’elle réalisa que l’homme qui les accompagnait était déjà monté lui aussi. Honteuse, elle les rejoignit rapidement.
 
Une fois sur les toits, le gobelin sortit d’un endroit que la jeune fille ne parvint pas à deviner un large éventail de couteaux et poignards d’un geste alerte et habitué. Elle resta quelques secondes silencieuse en fixant les armes, à se demander s’il attendait quelque chose d’elle. Il lui confirma cette idée en poussant un grognement pressé. Asélryn s’empressa de venir devant le Kriss qui lâcha d’un air agacé :
 
« - Choisis-en deux. »
 
Elle hésita d’abord entre de plus petits, à l’aspect plus léger, ou d’autres, effilés ou à lame plus large ou dentelée. Elle se rendit vite compte que la patience de son examinateur était très limitée et qu’elle en abusait. Elle en saisit alors deux différentes sans vraiment réfléchir.
 
Le premier était plus une grande dague d’un poignard, la lame avoisinant les quinze centimètres et légèrement effilée. Une petite gravure se trouvait sur le manche : Une paire de crocs assimilables à ceux d’un tigre ou d’une panthère.
La seconde lame était parfaitement aiguisée mais le poids nettement supérieur de la lame lui fit regretter son choix hâtif. Un couteau de lancer… Elle était minable au lancer et son oncle n’avait jamais manqué de le lui faire remarquer avec un étonnant (et volontaire) manque de subtilité.
 
Après tout, il ne l’avait pas tant entraînée au combat que ça. Une crainte lui noua soudain le ventre et ne fit que s’accroître lorsqu’elle eut la confirmation de ce qu’elle redoutait. L’agent qui les accompagnait choisit à son tour deux poignards, l’un fin et pointu, l’autre moins imposant mais parsemé de petites dents d’acier, le genre de lame qui faisait mal quand elle rentrait et très mal quand elle sortait…
 
Le voleur vint se placer alors face à elle. Son cœur s’emballa une nouvelle fois. Elle n’avait presque aucune expérience du combat et sa victoire face aux gardes était un pur coup de chance. Elle avait affaire à un agent du SI:7, un assassin de sang-froid, un guerrier tenace et insaisissable. L’évidence s’imposait : Elle n’avait pas la moindre chance.
 
Il plaça la lame pointue devant lui, menaçante et légèrement inclinée tandis qu’il tenait le couteau dentelé en retrait, vers le bas. Asélryn ne savait pas quel intérêt avait cette posture mais elle ne doutait pas qu’elle était terriblement efficace. Elle calma les tremblements de ses poignets en resserrant sa poigne sur sa dague et son couteau de lancer. La peur débordait de son regard et son adversaire le voyait sans doute.
 
Le Kriss la fit presque sursauter en prenant la parole.
 
« - Je déciderai de quand le combat prendra fin. Ne le laisse pas te désarmer et évite de te faire tuer. »
 
Evite de te faire tuer ?! Parce qu’il va se battre pour tuer ?
Et quelle était la différence ? Armée ou pas, face à un homme pareil, elle ne pouvait rien faire !
 
« - Allez-y… »
 
Le sang d’Asélryn gela dans ses veines à ces mots. La tension monta d’un coup alors que l’homme commençait à se déplacer, non pas aussi vite qu’elle l’attendait, mais latéralement, avec une lenteur et une maîtrise qui lui donnaient des sueurs froides. Il ne quittait pas sa posture et la fixait intensément.
 
Elle se courba légèrement en avant, une lame devant elle, l’autre proche de son flanc. La seule position de combat qu’elle connaisse. Elle imita comme un reflet les déplacements de son adversaire, avec nettement moins d’assurance, simplement pour rester face à lui. Elle se le répétait inlassablement malgré elle.
Tu ne fais pas le poids, c’est impossible.
 
Ils continuèrent ainsi pendant deux minutes… trois minutes… cinq… une heure ?! Non, elle commençait vraiment à perdre la boule. Puis le mouvement lent de l’agent changea légèrement de trajectoire. Asélryn cacha son horreur mais elle voyait bien qu’il s’approchait doucement, tranquillement d’elle, toujours aussi inquiétant, et même plus.

Il gagnait de plus en plus de terrain, elle devait attaquer la première, prendre une initiative que jamais une débutante ne prendrait, le surprendre pour avoir une chance peut-être de l’effleurer au moins, et ne pas perdre pitoyablement. Au moins prouver sa bravoure et ne pas abandonner sans avoir fait montre de sa valeur au combat… Pourquoi diable les enseignements de paladinat de ses parents lui revenaient-ils en tête maintenant ? La Lumière n’allait pas lui venir en aide maintenant. Non…
 
Là où la Lumière échoue… les Ombres… des obstacles de jouent…
 
Le manche du couteau quitta la main gauche d’Asélryn et sa lame fut soudain bloquée entre ses doigts, parée au lancer. Ce geste n’échappa pas au roublard en face qui recula immédiatement en levant ses lames pour se protéger du jet. Exactement comme prévu dans le plan insensé qui avait germé dans l’esprit d’Asélryn en l’espace d’une seconde. Dents serrées, elle se rua sur son adversaire, brandissant sa dague devant elle. Elle tenta une frappe horizontale dès qu’elle fut à sa hauteur, mais la lame dentelée coinça son arme entre deux de ses crocs avant de l’emmener vers le haut.
 
Ne pas se laisser désarmer…
 
Elle ne lâcha pas sa dague mais réalisa son erreur immédiatement après l’avoir commise. Son aisselle droite était exposée au possible et le poignard aiguisé ne semblait pas se diriger ailleurs que vers cette ouverture. La panique l’envahit instantanément et elle lâcha elle-même son arme pour reculer prestement, sans même avoir conscience de la promptitude de son geste. Les mouvements de l’un et de l’autre furent rapides, mais pas de même vitesse.
 
Le souffle saccadé, les yeux écarquillés, Asélryn tenait son couteau de jet devant elle pour toute défense tandis que le sang s’écoulait lentement de l’estafilade sur son épaule droite. Le cuir avait été tranché aussi net que la peau et la brûlure insidieuse lui donnait envie de hurler. Elle n’avait pas la moindre chance… Pas la moindre !
 
Cette fois-ci, ce fut à l’homme d’attaquer. La pointe sournoise fusa vers son abdomen mais elle parvint à le dévier tout en se décalant avec son pauvre couteau à lame lourde. L’acier lui effleura le flanc, ayant tout juste quitté sa trajectoire suffisamment pour lui épargner une nouvelle blessure. Mais le couteau de son adversaire heurta le sien violemment et la différence de poids (ou son inexpérience) lui fit lâcher sa seconde et dernière arme. Asélryn pensait qu’il s’arrêterait une fois qu’il l’aurait neutralisée… Naïve.
 
Réalisant brutalement que son adversaire ne comptait pas en rester là, elle se jeta sur le coté dans un acte désespéré, guidée par la peur, dans le seul but de survivre. Elle se rattrapa en touchant le sol de tuiles d’une roulade puis chercha immédiatement l’agent du regard. A sa grande stupeur, plus rien ne subsistait là où il s’était trouvé un instant auparavant.
 
Elle sentit une force soudaine lui tirer les poignets en arrière, pour les joindre dans son dos. Puis un tibia qui fauche ses jambes derrières les genoux pour la faire chuter. Et les tuiles percutant violemment son visage, suivies par l’apparition de la lame dentelée sous sa gorge.
C’est à ce moment que les larmes qui ne demandaient qu’à jaillir sous l’effet de la peur et du désespoir vinrent ternir ses yeux. Terrorisée, elle se mit à hurler.
 
«  - Ça suffit !!! J’abandonne !!! Je peux plus me battre !!! »
 
Elle serra les dents en plaquant son front contre le sol alors que le couteau se retirait de sa gorge. On lui avait trop demandé. Shenak l’avait surestimée, elle était incapable de rejoindre les rangs du SI:7, surtout à son âge. Personne n’en était capable à un si jeune âge, personne. Et certainement pas elle. Elle parvint presque à retenir quelques sanglots et n’osa pas relever la tête en entendant la voix du Kriss.
 
« - Ton examen s’achève ici. Tu n’as pas les compétences requises pour être des nôtres… »
 
Elle savait déjà tout cela mais l’entendre lui donnait l’impression qu’on broyait sa volonté, ses espoirs, ses ambitions. Elle était vouée à l’échec… Indigne de la Lumière deux ans auparavant, indigne des Ombres aujourd’hui.
 
« - Cependant, tu m’as côtoyé même si c’était bref. Tu sais qui je suis et tu as pris connaissance de plusieurs informations que le SI:7 souhaite garder secrètes. Nous ne faisons confiance qu’à nos agents, et comme tu n’en as pas les qualités, nous allons devoir nous assurer que tu ne divulgues rien. »
 
Pour la énième fois de la soirée, son sang se figea. Ils allaient donc la tuer… ? Elle voulut relever la tête mais un violent choc ramena sa tête sur une tuile, la brisant du même coup.
 
L’obscurité envahit l’esprit d’Asélryn suite au choc, inhibant toutes ses perceptions. Elle sentit à peine qu’on la soulevait et qu’on la déplaçait, puis sombra dans un sommeil sans rêves.

 
 
Asélryn retrouva un état de semi-conscience, secouée dans tous les sens. Elle n’avait pas idée de ce qui pouvait lui arriver. Elle sentait une pression permanente sur son abdomen et ses membres semblaient être tirés dans la direction inverse. Elle entrouvrit à peine les yeux mais ne vit rien de plus que lorsqu’ils étaient fermés. Le noir total.
 
Cette agitation saccadée se poursuivit de manière interminable. Elle n’aurait su définir si c’étaient des secondes ou des années qui s’écoulaient mais elle ne souhaitait qu’une chose : Que tout s’arrête.
 
Et elle fut exaucée…
 
Une surface froide et rigide la heurta soudain de plein fouet. Un choc violent, l’humidité, la douleur… puis un peu de chaleur liquide sur le visage. Clouée à cette surface rigide, elle resta immobile, incapable d’esquisser le moindre geste, mais profitant enfin d’un peu de calme. Lentement, le sommeil reprit.

Tout son corps la fit souffrir lorsqu’elle se redressa enfin. Son réveil avait été rapide à cause de l’humidité et du froid ambiant. Elle manqua de chuter à nouveau mais sa main s’appuya au sol pour la maintenir, instinctivement, sur une substance presque liquide. Asélryn écarta sa main et vit une tâche de sang coagulé, insinué entre les dalles de pierre. Elle passa son autre main sur sa joue droite et sentit la même texture au niveau de la pommette, avec une douleur glaciale. Elle se nettoya précairement la face de la main tout en jetant un œil autour d’elle.
 
Les murs sombres, aussi humides que le sol, plusieurs traces de moisissure, des charpentes vermoulues soutenant une voûte par on ne sait quel miracle, et une porte d’acier unique, dépourvue de serrure mais clairement verrouillée. Quelques faibles rais de lumière se glissaient dans l’encadrement de la porte et constituaient son seul éclairage.

Une geôle. Ils ne prévoyaient donc pas de la tuer. Pas pour l’instant au moins.
La salle était vide, grande de trois mètres sur quatre, haute de deux. Dans un espace aussi restreint, Asélryn aurait préféré être seule. Mais les anciens occupants ne semblaient pas être décidés à quitter les lieux et la jeune fille préférait autant éviter d’avoir à toucher ces ossements. Les squelettes brisés et entrelacés avaient été entassés dans un recoin, indiscernables les uns des autres, mais les crânes permettaient de déduire qu’ils avaient été trois.
 
Asélryn resta immobile au milieu de la geôle pendant plusieurs heures. La blessure à son épaule la faisait toujours souffrir, en plus de celle à la pommette causée lorsqu’elle avait été jetée sur ce sol de pierre… et puis le front aussi. Une force étrange empêchait les larmes qui ne demandaient qu’à sortir de couler sur ses joues. L’heure n’était plus aux pleurnicheries.
 
Qu’avait-elle fait pour en arriver là ? Quelle avait été son erreur ?
Se laisser emporter par Shenak deux ans auparavant ? Se laisser convaincre que sa voie était celle des Ombres ? Se laisser entraîner sur celle-ci par son oncle ? Le laisser la proposer au SI:7 alors qu’elle n’avait que quinze ans ?
 
Les questions l’assaillaient, comme ce jour où la Lumière l’avait jugée indigne, mais cette fois, personne ne viendrait la sortir de là. Elle ne savait pas ce qu’on allait faire d’elle désormais, et c’était bien plus effrayant que si on lui avait annoncé qu’elle allait être torturée ou tuée. Ils pouvaient sans doute lui réserver des châtiments bien pires que tout ce qu’elle pouvait imaginer.
 
Elle baissa les yeux et vit alors le sac percé accroché à sa ceinture, celle qu’elle était allée chercher sur la cime de la prison. Pendant tout ce temps, elle l’avait totalement oublié… La boîte de bois s’y trouvait encore. Asélryn la prit dans ses mains et contempla longuement les gravures. Lorsqu’elle se décida à la secouer, elle sentit quelque chose de relativement petit bouger à l’intérieur mais les chocs étaient comme étouffés par quelque chose. Il y avait une petite serrure en cuivre sur l’une des faces. La clé était sans doute minuscule et finement ouvragée à en juger par la qualité du travail.
 
Elle ne sut pourquoi, dès cet instant, le désir de l’ouvrir l’obséda.
 
Les heures s’écoulèrent, innombrables, formant sans doute des jours entiers. Lorsqu’il lui arrivait de dormir, elle trouvait généralement un peu d’eau et de nourriture à son réveil. Du pain déjà imprégné d’humidité ou de petits morceaux de viande cartilagineuse. Elle subsistait, nourrie un minimum, et passait son temps fixée sur cette boîte.
 
Que peut-elle contenir ? Mais que diable contient-elle ?! Ils ne m'auraient pas envoyée chercher une boîte si elle ne contenait pas quelque chose d'important !
 
Cette question la tourmentait et faisait taire toutes les autres. Quoi que ce fut, cet objet était sans doute réservée à ceux jugés « dignes » et ne lui serait d’aucune utilité dans un tel cas. Elle refusait cependant de se l'avouer. Cette obsession lui permettait de s’isoler de sa peur, de l’oublier. Cette boîte maudite était tout ce qui l’empêchait de chuter dans le désespoir. La seule et unique flamme de volonté persistant en elle ne brûlait que pour l’ouvrir au fil des jours.
 
En l’absence de clé, elle tenta bien sûr la solution de force. Les chocs violents contre le sol ou les murs avaient à peine entamé les coins du coffret. Ses tentatives furent nombreuses et lui confirmèrent l’évidence qu’elle n’y parviendrait pas ainsi. Ainsi, elle passa ses journées à chercher un mécanisme caché ou quoi que ce fut permettant de l’ouvrir. Ses parois étaient la seule chose qu’elle regardait à l’exception de sa nourriture, elle ne voulait pas regarder ces murs, symboles de sa captivité. Elle revoyait sans cesse cette boîte durant son sommeil pour l’observer à nouveau une fois éveillée.
 
Mais les jours passaient et toute volonté finit par s’émousser. Son regard toujours braqué sur la boîte, sa patience l’abandonna et elle la jeta de toutes ses forces. Le coffret vint se perdre entre les ossements des anciens prisonniers tandis qu’elle se ruait sur la porte et s’acharnait dessus en hurlant. Elle frappait sans penser à la douleur dans ses phalanges à chaque coup, seulement capable de crier son désespoir et sa détresse.
 
Elle n’abandonna qu’après quelques minutes et s’affala contre la paroi d’acier en succombant finalement aux larmes. Aucun son ne provenait de l’extérieur. Si quelqu’un l’avait entendue, ils n’avaient rien à faire de ce qui pouvait lui arriver.
 
Elle revint au centre de la cellule, à pas lents et lourds après quelques minutes. Son regard se posa sur les squelettes au milieu desquels elle avait lancé le coffret. Elle s’en approcha et se mit à le chercher. Bien qu’inaccessible, le savoir près d’elle la rassurait, lui donnait l’impression d’être en lien avec l’extérieur. Sans vraiment savoir pourquoi, elle souleva l’un des crânes posés à même le sol, bien qu’il fut impossible que la boîte y ait atterri. Le dégoût qui l’avait d’abord investie n’avait plus aucune prise sur elle et lorsqu’elle fit de même avec le second, la jeune fille se figea.
 
Ce crâne-là dissimulait bel et bien quelque chose… Après tout ce temps passé dans cette geôle, elle n’avait jamais eu l’idée d’aller voir ici et se retrouvait maintenant face à plusieurs petits objets de taille et forme différentes. Assez longues et fines, il s’agissait de minuscules barres de fer. Plusieurs étaient simplement courbées à leur extrémité, une autre était enroulée en hélice sur la moitié de sa longueur, une autre encore se terminait en T, avec un petit mécanisme dont l'utilité était un mystère.
 
Certains de ces instruments ne lui étaient pas inconnus. Elle avait déjà vu son oncle jouer avec cette espèce de tire-bouchon en lui parlant et si elle n’avait jamais eu idée de leur utilité, elle lui paraissait désormais claire au possible. Elle se précipita sur les squelettes, oubliant sa répugnance, et retrouva son coffret avant de revenir le poser au centre de la pièce.
 
Un espoir nouveau l’animait. Son état aurait été semblable si on lui avait annoncé qu’elle avait une chance de sortir. Elle n’avait aucune expérience en crochetage mais ces outils étaient manifestement faits pour ça. Elle remercia mentalement l’ancien détenu qui avait sans doute eu l’idée de placer ces objets ici mais qui avait du finir comme celui qui lui avait permis de les dissimuler.
 
 
Asélryn passa de longues heures à insérer tour à tour les outils dans la serrure, abandonnant certains pour les reprendre un peu plus tard et retenter sa chance. Lorsque parfois un cliquetis lui provenait, elle laissait l'outil à sa place pour en insérer un autre. Elle poursuivait alors son œuvre avec une ferveur renouvelée mais toujours pour aboutir à un nouvel échec dans un premier temps. Aussi concentrée que possible, elle ne dormait plus, et ne recevait donc plus de nourriture. Mais ça n’avait aucune importance. Elle pouvait tenir encore longtemps avec un tel espoir.
 
Puis un des outils qu'elle utilisait se bloqua soudain dans la serrure. Elle tira pour l’enlever mais il ne voulut pas sortir, peut-être s'était-il coincé avec les outils laissés là. La panique la prit alors et elle tenta de débloquer la barre courbée en passant par ses manipulations précédentes mais rien n’y faisait. Elle força dessus pour la faire pivoter et soudain, l’outil tourna imperceptiblement, tandis que la serrure laissait échapper un claquement plus sonore que ce qu’elle avait pu entendre auparavant.
 
Le souffle d’Asélryn se stoppa. La jeune fille retira un à un les crochets de la serrure et ceux-ci n'opposèrent plus de grande résistance. Elle ne pouvait pas le croire. Elle n’osait pas toucher le couvercle, ni tenter de le soulever.
 
C’était ce mystère, cet objet inaccessible qui lui avait permis de tenir jusqu’ici et le découvrir la laisserait seule pour de bon.
 
Est-ce que je veux vraiment l'ouvrir... ?
 
Elle repensa à toutes les peines qu’elle s’était donnée pour en arriver là. Il n’était plus question d’hésiter.
 
La boîte s’ouvrit sans le moindre grincement et révéla un contenu peut-être en-dessous des attentes d’Asélryn. Un morceau de parchemin déchiré était posé sur un tas d’étoffes contenant un petit objet plat et assez large.
Elle prit lentement le papier et trouva quelques mots griffonnés dessus.
 
Le mot d’ordre de ceux qu’on ne voit pas ?
 
Elle serra le parchemin dans son poing, fermant les yeux mais sut retenir de nouvelles larmes, de gratitude pour son oncle cette fois. Elle prit l’objet enveloppé d’étoffe puis se redressa, abandonnant le coffret et le message.
 
« - Là où la Lumière échoue, les Ombres, des obstacles se jouent !! »
 
Elle fixa la porte plusieurs secondes, une ardeur nouvelle ranimant ses yeux gris. Elle en avait assez de pleurer, désormais, plus rien ne l’abattrait de la sorte.
 
La porte s’ouvrit dans un long grincement, laissant apparaître Renzik. La Lumière pénétra dans la geôle et l’aveugla momentanément. Le gobelin fit quelques pas pour s’arrêter à un mètre d’Asélryn. Son regard était toujours aussi malsain mais semblait moins méprisant. Ou bien c’était son imagination.
 
Le Kriss désigna l’objet enveloppé d’un mouvement de tête.
 
« - Il t’appartient à partir d’aujourd’hui… »
 
Les mains tremblantes, Asélryn retira le tissu pour révéler le contenu du coffret.
L’insigne étincela sous la lumière du soleil entrant par la porte ouverte.
 

« - Bienvenue au SI:7 agent Elraan. Sortez d'ici maintenant, le travail vous attend. »

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Jeu 13 Fév - 19:26

Asélryn se réceptionna sur les tuiles d’une roulade agile. Elle ne stoppa pas sa course et parcourut le toit en une poignée de secondes avant de bondir pour s’accrocher à celui du bâtiment voisin, un peu surélevé. Elle se hissa rapidement, sprinta sur la nouvelle surface s’offrant à elle puis s’envola.
Le temps sembla se suspendre alors que la largeur de la rue défilait en-dessous d’elle. Rien ne semblait pouvoir la retenir, l’entraver de quelque manière que ce soit. Elle était libre.
La jeune voleuse atterrit sur le toit suivant avec une nouvelle roulade et poursuivit son avancée, plus imperceptible que jamais sous cette nuit sans lune.
 
Rien n’égalait ces moments-là. Enveloppée par la fraîcheur nocturne, ses yeux murmurant aux étoiles, son cœur battant à tout rompre, chacun de ses muscles en action, mais pas la moindre once de fatigue ou de lassitude. Plus qu’à chaque instant, elle se sentait heureuse, impossible à atteindre, isolée, libre… vivante.
 
Après un nouvel envol, sa course frénétique trouva enfin son terme à coté d’une grande cheminée à laquelle elle s’adossa. Elle prit quelques secondes pour recouvrer son souffle et se passa une main sur le front, bien qu’elle n’y essuyât pas la moindre goutte de sueur.
 
La Gamine était aujourd’hui une vraie jeune femme. De quinze à dix-sept ans, elle avait beaucoup changé en apparence.
La silhouette svelte et élancée, elle n’avait pas énormément grandi mais semblait s’être encore affinée. Ses cheveux noirs tombaient un peu en-dessous des épaules, soigneusement coiffés en arrière, sans cependant empêcher deux ou trois mèches de revenir devant ses yeux. Son visage semblait avoir perdu toutes les rondeurs de l’enfance et prenait un certain charme. Ses pupilles grises n’avaient bien sûr pas changé mais son regard habituel n’était plus le même. Plus sûre d’elle, avec l’air de toujours avoir quelque chose en tête, elle arborait un aspect à la fois serein et espiègle. Son armure noire épousait chaque forme de son corps et lui donnait l’allure d’un oiseau nocturne lorsqu’elle bondissait entre deux toits. Mais ceux qui s’attardaient trop sur son physique finissaient par remarquer les diverses lames courtes qu’elle portait, plus ou moins dissimulées dans ses bottes ou dans des poches cachées de sa tenue, ce qui avait tendance à dissuader les soudards des bas fonds de la ville.
 
Le communicateur à la ceinture d’Asélryn laissa échapper quelques sons indistincts alors qu’elle le détachait de sa ceinture. Une voix déformée fut émise par la radio.
 
« - Numéro trois, tu m’entends ? »
 
L’homme qui parlait semblait à première vue dénué de toute conviction ou enthousiasme mais Asélryn savait bien qu’il ne fallait pas s’y fier. Soren Illisias, ou le « numéro un » de cette opération, était le genre d’homme auquel tourner le dos était tout sauf raisonnable si vous n’étiez pas de ses connaissances ou de ses pairs du SI:7. L’exemple type du redoutable baroudeur ayant voué sa vie à la protection de Hurlevent sous la voie des Ombres.
La jeune fille le respectait énormément depuis qu’elle l’avait rencontré. C’était un exemple pour beaucoup d’agents, et un modèle pour la jeune recrue qu’elle était. Une chose qu’elle appréciait tout particulièrement chez lui était sa manière de considérer ses collègues. Modeste et réfléchi, il se fiait seulement et uniquement aux actes de chacun, et certainement pas aux préjugés ou dires d’autres agents.
 
Très vite après l’entrée d’Asélryn au SI:7, la rumeur d’une gamine de quinze ans ayant rejoint les Services s’était répandue. Pour presque tous, il était évident qu’on ne pouvait intégrer l’Ordre aussi jeune à moins d’être pistonné. Pour ne pas arranger les choses, Asélryn accomplit ses premières missions d’observation et de filature avec brio et les remontées sur son « talent » n’avaient fait que renforcer la certitude qu’elle avait les bonnes personnes en poche, rien de plus. Très vite, le surnom de « la Gamine » vint lui coller à la peau. Les autres agents faisaient preuve de distance et de mépris envers elle lorsqu'ils avaient à travailler ensemble, et ça ne lui échappait pas.
 
Soren le baroudeur, habitué à ne se faire d’idées qu’à partir de ses propres observations avait un jour défié Asélryn dans un duel sans suite pour l’évaluer lui-même. Elle s’était faite désarmer en une poignée de secondes mais étrangement, il semblait tout de même la considérer comme son égale, sans la moindre animosité. Dès lors, elle l’admira, pleine de gratitude et plus décidée que jamais à prouver qu’elle ne déméritait pas son statut d’agent du SI:7.
 
« - Je t’entends numéro un. Je suis en place.
- Je vois ça, c’est bien le problème…
- Ah euh… désolée. »
 
Asélryn contourna simplement la cheminée pour passer dans son ombre et la cacher à la vue de tout observateur. Comme l'avait conseillé son oncle, elle avait travaillé d'arrache-pied pour améliorer son illusion, et désormais passer sous les Ombres devenait instinctif dès qu'elle se trouvait dans la pénombre. La voix de Soren se fit entendre à nouveau.
 
« - C’est mieux comme ça. Numéro deux, la cible est encore loin de notre position ? »
 
Une nouvelle voix, un peu essoufflée, répondit. Si Asélryn appréciait Soren, elle ne portait pas dans son cœur l’agent deux, Ernias. Métissé humain et quel’doreï, vif et efficace, il n’était pas spécialement prétentieux mais gardait généralement un air hautain et condescendant qui avait le don d’énerver les personnes susceptibles. Et il était sans doute le premier persuadé qu’Asélryn était arrivée jusqu’ici uniquement à l’aide de relations bien placées et manquait rarement de le faire savoir.
 
« - Encore trois rues à traverser et on pourra le cueillir. Prestelame ou pas, il ne peut pas nous échapper tant que la Gamine ne fait pas de connerie.
- Contente-toi de le surveiller, et tes paroles aussi au passage. »
 
Elle rétorqua d’un ton glacial qui eut l’effet d’imposer le silence quelques secondes. Ernias finit par reprendre la parole.
 
« - Faut-il considérer cela comme une menace petite ?
- Maintenant que tu le dis Ernias… »
 
Asélryn avait sifflé ces mots avec un profond mépris mais s’était subitement stoppée en réalisant l’erreur monumentale qu’elle venait de commettre. Si ces radios gnomes étaient d’excellente qualité, un ingénieur habile pouvait toujours éventuellement intercepter certaines communications avec le matériel adéquat.. Les numérotations d’agents pour chaque mission groupée n’avaient pas été imposées sans raison, nommer un autre agent sur ces ondes revenait à mettre sa vie en péril. Un nouveau silence prit place, difficile à soutenir pour Asélryn, qui attendait les remontrances de l’un ou de l’autre. Ce fut le semi-elfe qui répondit.
 
« - Je tâcherais d’y faire attention… Asélryn… »
 
Il détacha chaque syllabe de son prénom de la manière la plus détestable qui soit. Elle s’abstint de répondre quoi que ce soit, mal à l’aise. Puis Soren reprit enfin la parole.
 
« - Quand vous aurez fini de vous conduire comme des enfants nous pourrons commencer. Je vous rappelle que nous avons affaire à un des plus gros poissons en circulation. Notre cible nous échappe depuis un moment déjà et c’est un véritable danger. Les qualités qui vous ont faits choisir pour cette mission sont sensées être complémentaires, alors ne laissez rien, je dis bien rien vous perturber. Vous réglerez vos problèmes à un autre moment, est-ce que j’ai été clair ?
- Très clair.
- Très clair… »
 


L’attente qui s’en suivit fut interminable. Frustrée par ce silence radio, elle ne trouvait plus du tout les toits de Hurlevent à son goût. Son regard était braqué sur la rue en contrebas, près de laquelle leur proie était soupçonnée d’avoir établi un repaire. Après avoir été aperçu en ville, il allait probablement passer par là.

Cette cible, en effet, n'était pas n'importe qui. Ils devaient le ramener vif dans la mesure du possible mais les Services étaient prêts à recevoir un corps froid si la situation l’exigeait. Asélryn avait entendu parler de cet homme, ce Prestelame, à plusieurs reprises. Un kaldoreï ayant fait le choix de défier ouvertement le SI:7, répétant sans cesse les provocations à l’égard de Mathias Shaw et de ses hommes, et s’avérant être un adversaire redoutable.
Maître dans l’art de l’évasion et de l’illusion, il avait déjà éliminé plus d’un des agents qui avaient été lancés à sa poursuite. Le SI:7 le considérait comme dangereux, voire très dangereux. Asélryn ne parvenait pas à comprendre pourquoi elle avait été assignée à cette mission. Localiser précisément le Prestelame était une occasion rare et les Services regorgeaient d’agents bien plus expérimentés qu’elle. Son oncle avait beau dire qu’elle était douée, elle doutait de son utilité.
 
Et il apparut enfin. Sans un son, à peine visible sous la seule clarté des étoiles, la démarche fluide et légère, grand et mince, engoncé d’une armure sombre qui le rendait plus difficile encore à discerner. Tête découverte, il ne semblait absolument pas tendu. Au moins, il n’avait pas remarqué qu’Ernias le filait. Il s’avança dans l’allée, approchant de plus en plus d’Asélryn, et sans doute de Soren.
 
« - Soyez prêts… »
 
Elle put voir son visage à mesure qu’il approchait. Fin et anguleux, bordé d’une barbe légère taillée à la perfection, le regard posé, le Prestelame était à lui seul un comble de flegme et d’insouciance. A combien de lieues était-il d’imaginer que trois agents du SI:7, élites parmi les maîtres des Ombres, étaient sur le point de lui tomber dessus et de l’éliminer définitivement s’il n’était pas enclin à les suivre ?
 
S’il savait… ou s’ils savaient ?
 
La trajectoire du malfrat dévia vers sa droite. La tension que ressentait Asélryn s’accrut de manière incontrôlée en le voyant approcher. Sa main vint se poser sur le manche du poignard dépassant de sa ceinture, dans son dos, n’attendant que le signal de Soren.
 
Puis soudain, il s’arrêta. Juste devant la façade des hautes habitations servant de perchoir à la jeune fille, le Prestelame s’immobilisa et leva les yeux. Asélryn retint son souffle et se figea littéralement sur place.
Les Ombres la cachaient et s’avéraient bien plus efficaces qu’à l’accoutumée avec une telle obscurité sur les toits.
 
Il ne peut pas me voir… Non… Il ne peut…
 
Le sang d’Asélryn se glaça alors que le Prestelame lui adressait un sourire en coin.
 
« - Il me voit !!!
 - Allez-y maintenant !!! »
 
Soren ne semblait pas partager la panique de sa coéquipière, ou peut-être à moindre échelle, mais il sauta au bas du bâtiment d’en face, abandonnant son camouflage. De même, Ernias surgit des Ombres au beau milieu de la rue, là où s’était trouvé leur cible quelques secondes auparavant. Tous deux se ruèrent sur lui, lames visibles.
Le Prestelame fit soudain surgir deux dagues scintillantes d’un endroit qu’Asélryn ne fut pas capable de discerner. Elle était encore figée, dans l’incapacité de réagir, comme si son seul regard l’avait paralysée.
 
Ernias fut le premier à la hauteur du kaldoreï et fit tournoyer ses armes autour de lui en profitant de son élan pour l’intimider et le faire reculer. Mais il fut subitement bloqué dans son mouvement lorsque celles du Prestelame vinrent rencontrer les siennes avec une précision irréprochable. D’un habile geste de poignet, il les écarta pour s’approcher un peu plus de l’agent stupéfait d’une réaction si prompte. Il voulut reculer mais l’un des poignards fendit l’air avec une vitesse irréelle pour venir s’enfoncer dans son abdomen. Le semi-elfe grogna de douleur alors que Soren abattait ses deux lames mi-longues, avec un léger écart, sur son agresseur.
 
Le Prestelame laissa à sa place l’arme qu’il venait d’utiliser puis se jeta sur le coté, pour éviter l’assaut du baroudeur, sans manquer de frapper celle dans la main gauche d’Ernias à l’aide de son second poignard. Le semi-elfe blessé ne put empêcher son coutelas de lui glisser entre les doigts, son attention relâchée l’espace d’un instant, et de tomber contre le sol de pierre dans un bref tintement métallique.
 
« - Asélryn !!! »
 
Soren la réveilla subitement et la libéra de sa stupeur.
 
Ernias ramena sa main désarmée vers sa blessure, sans oser retirer la lame de peur de laisser l’hémorragie le vider de son sang en l’absence de soins. Le Prestelame fit tourner son poignard entre ses doigts dans un but d'intimidation pure, tout en en récupérant un nouveau dans sa botte droite, puis se permit de préciser d’une voix monotone et étonnamment calme dans de telles circonstances :
 
« - C'est le poison que vous devriez craindre plus que la plaie à l'heure actuelle… »
 
Ernias recula un peu, dents serrées, la main toujours plaquée sur sa blessure, tandis que Soren approchait lentement. Les deux hommes se fixaient intensément, chacun redoutant le prochain geste de l’autre, parfaitement conscients de la valeur de leur vis-à-vis.
 
Le Prestelame se décala subitement sur sa gauche, laissant apparaître le poignard qui avait tenté de le frapper par derrière, puis saisit le poignet de son propriétaire avant de lui envoyer un violent coup de coude. Asélryn entendit tout autant qu’elle sentit le craquement produit par son nez avant que l’elfe ne tire son bras et la fasse passer par-dessus son dos. Sans réellement comprendre ce qu’il s’était passé, elle se retrouva à terre, juste devant le Prestelame, prêt à la réduire en charpie. Elle vit ses lames bouger et sentit que sa dernière heure arrivait à une vitesse vertigineuse.
Mais il ne cherchait pas à la tuer, faisant le choix plus sage de bloquer l’attaque de Soren. L’acier tinta, vibra, s'entrechoqua encore...
 
Asélryn réalisa sa chance et roula de coté immédiatement pour s’éloigner de son agresseur. Elle se redressa, hors de portée et porta une main à son nez brisé bien qu’encore sonnée. Devant elle, les deux hommes enchaînaient attaques, parades, feintes, esquives à une vitesse effrayante, comme incapables de se toucher l’un l’autre mais bel et bien engagés dans une danse morbide, jouant avec la mort chaque seconde. Asélryn et Ernias restèrent spectateurs de ce duel de maîtres des lames et de l’illusion, tant fascinés par les gestes de leur coéquipier que par ceux de leur cible. Ce combat semblait ne pas avoir d’issue.
 
Ce fut alors soudainement que le Prestelame mit fin à cette impression. Juste après avoir à nouveau dévié une frappe de son adversaire, il fut immédiatement englouti par les Ombres, laissant l’attaque suivante de Soren ne fendre que le vide. Le kaldoreï reparut alors aussi brutalement qu’il s’était évaporé, presque aussitôt, dans le dos du baroudeur et avant que quiconque n’aie pu esquisser un geste, l’affrontement était scellé. Dos à dos avec son ennemi et sans même prendre le temps de se retourner, le Prestelame avait envoyé ses deux lames se planter entre les côtes de l’agent, lui avait perforé les poumons et y avait libéré un poison foudroyant.
 
Asélryn voulut s’avancer, venir en aide à son partenaire, mais elle n’eut pas fait un pas que déjà, le Prestelame tirait deux nouveaux poignards cachés dans ses jambières avant de se retourner vers Soren et les lui enfonçait dans les épaules. C’est à ce moment qu’elle réalisa qu’il allait maintenant les tuer, elle et Ernias.
Impuissante, elle regarda l’elfe sortir un ultime poignard de sa botte gauche et le planter sèchement  dans la gorge de l’humain mais en le retirant ensuite, laissant jaillir une gerbe de liquide écarlate.
 
C’est alors qu’elle vit Ernias se ruer sur lui, malgré la lame encore présente dans ses entrailles, voulant profiter de l’occasion pour venger Soren mais si le Prestelame avait retiré sa dernière dague du corps, c’était sans conteste pour qu’elle vienne ouvrir la gorge du semi-elfe. Les deux corps s’effondrèrent quasi-simultanément tandis que l’assassin s’avançait vers une Asélryn totalement pétrifiée.
 
Il était indéniable qu’elle avait pris confiance en elle depuis qu’elle avait rejoint le SI:7, mais elle savait pertinemment que Soren et Ernias étaient nettement meilleurs qu’elle du fait de leur expérience. Face à cet homme, ce Prestelame, tout ce qui lui restait à faire était d’attendre la mort, aussi brutale et sanglante qu’avec ses collègues. Elle se souvint de la promesse qu’elle s’était faite deux ans auparavant.
 
Je ne pleurerai plus… Je ne me laisserai plus sombrer dans le désespoir… Je ne lâcherai plus prise…
 
Elle tremblait de tous ses membres mais leva bravement son poignard devant elle. Quitte à mourir, elle mourrait dignement, en combattant, comme tous ces héros et paladins qui avaient pu donner leur vie sur le champ de bataille, elle ne décevrait personne cette fois. A mesure qu’il approchait, elle sentait sa peur laisser place à l’acceptation. Elle allait mourir mais au moins en le blessant, mortellement au mieux. Elle ne s’en serait pas crue capable en temps normal mais elle ne pouvait plus douter d’elle désormais.
Elle devait venger ses partenaires…
 
Ce fut aussi soudain qu’avec Soren. Il laissa son pas suivant le guider à travers les Ombres, s’y immisçant totalement.
Asélryn se retourna subitement et effectuant une frappe en arc de cercle derrière elle dans l’espoir de toucher son ennemi mais le seul son perceptible fut le sifflement de l’air. Elle resta en arrêt, incapable de prévoir d’où le Prestelame pouvait bien surgir désormais.
 
Une voix sombre, calme et étonnament douce parvint à ses oreilles, plus proche que toutes celles qu’elle avait pu entendre du plus loin que remontaient ses souvenirs.
 
« - Gâcher ainsi sa vie... juste à l'aube de celle-ci... »
 
Elle n’osa pas se retourner et fut incapable de retenir le frisson qui lui parcourut les épaules.
 
« - Ramène les corps et dis à Shaw qu’il a de nouveau l’occasion de constater ce que je peux penser de lui… »
 
Elle se retourna subitement et fixa le vide devant elle, tentant d’y discerner un quelconque camouflage mais ne vit rien. Elle regarda tout autour d’elle.
 
Les corps mutilés laissaient lentement s’étendre deux mares rouges sur les pavés et aucune autre trace du Prestelame ne subsistait.
 
Elle était seule…

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Sam 15 Fév - 13:27

« - Vous aviez été claire Elraan. Le Prestelame était bel et bien mort selon votre dernier rapport ? »

Asélryn n’osait pas croiser le regard de Mathias Shaw. Elle avait encore foiré sur ce coup.

Pour la quatrième fois, elle avait retrouvé la trace du Prestelame, et pour la troisième fois elle avait désobéi à l'ordre qui lui avait été donné : Ne pas partir seule. Elle n'avait aucune envie que quelqu'un d'autre lui vole cette vengeance mais force était d'admettre qu'il était d'un tout autre niveau qu'elle.

Elle avait tout de même réussi à savoir que son Némésis avait accepté un contrat impliquant d'assassiner un officier sombrefer dans sa propre forteresse. Elle avait réussi à s'y introduire avant qu'il n'arrive et, devinant son arrivée à la discrète chute d'une sentinelle, elle avait deviné l'emplacement qu'il avait choisi pour passer à l'action. La fusée de détresse gnome qu'elle gardait sur elle fit le reste du travail, le mettant en pleine lumière, incapable de disparaître ou de marcher dans l'ombre.
Lorsque tous les sombrefers se lancèrent à sa poursuite, le Prestelame eut bien le temps de voir Asélryn sceller la dernière issue, l'enfermant avec une garnison de nains furieux.

Mais un message était parvenu au SI:7 le lendemain.
 
"Bien tenté"
 
Il se payait royalement la tête des Services. Il ne manquait à la Gamine que l’accord du maître-espion pour se relancer à sa poursuite. Etrangement, elle ne doutait absolument plus d’elle, même face à quelqu’un d’aussi dangereux que le Prestelame. Il était clair qu’elle ne laisserait plus rien au hasard désormais et n’irait plus faire l’erreur de signaler une mort dans ses rapports sans s’en être véritablement assurée.
 
« - Bien, je suppose que nous pouvons mettre cela sur le compte de votre manque d’expérience… Le talent ne fait pas tout, agent Elraan. »
 
Elle se contenta de hocher la tête en silence mais rougit d'indignation. Malgré son immense respect pour Mathias Shaw, elle détestait qu’on parle d’elle en de tels termes. Ça lui rappelait avec bien trop de virulence ce que les autres agents pensaient d’elle.
Et toujours ce surnom, ce titre même, qui lui collait à la peau… A croire qu'il lui serait attribué indéfiniment, un simple mot…
 
Gamine.
 
« - Je vais vous laisser le champ libre pour reprendre votre traque, mais cette fois vous n'y irez pas seule. Et pour m'en assurer je vais attribuer vos coéquipiers. »
 
Asélryn se retint de grogner. Elle n'avait aucune envie de faire équipe avec qui que ce soit depuis la mort de Soren. Shaw reprit.
 
« - Il faut admettre que vous êtes l’un des rares agents à avoir survécu à une confrontation avec le Prestelame, et peut-être le seul à avoir réitéré l’exploit. Mais n'allez pas vous imaginer qu'il ne vous tuera pas à la première occasion. Et il a déjà le sang de bien trop d'agents sur les mains. »
 
Légère pause.
 
« - C’est tout ce que j’avais à vous dire, disposez. »
 




 
Asélryn passa deux poignards supplémentaires à sa ceinture, en veillant à les garder espacés les uns des autres pour éviter tout tintement lors de ses mouvements. Elle plaça les deux fioles contenant les poisons qu’elle avait choisis, hallucinogène et léthal, dans la minuscule sacoche prévue à cet effet et plaça encore deux dagues dans ses bottes.
Le Prestelame ne lui échapperait plus. Justice devait être faite. Pour Soren, même pour Ernias, et pour tous les agents qui avaient pu perdre la vie sous le fil de ses lames. Elle n’échouerait plus.


 
Elle appréciait une dernière fois le vent du haut des remparts de la ville avant de repartir. Asélryn se laissait caresser par ce souffle frais et harmonieux qui lui insufflait un sentiment de paix, le calme avant la tempête.
 
Des bottes d’acier, un pas régulier.
Les patrouilles de la Garde arrivaient, l’instant devait prendre fin.
 

Se redressant, elle inspira profondément pour savourer encore un peu cet air frais puis elle se tendit. Chaque parcelle de son corps ressentit l’impulsion et s’anima simultanément. D’une détente agile, elle prit son envol. Asélryn s’éleva d’un bond pour retomber dans l’obscurité, son refuge.

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Dim 16 Fév - 14:18

Asélryn se tassa un peu plus en espérant que son camouflage fasse l'affaire car il était clair que si elle était découverte, elle aurait du mal à s'expliquer. Les chevaliers de la Lame d’Ebène entraient dans la salle, groupés, en franchissant la porte massive donnant sur l’extérieur.
Perchée sur une poutre, sa mission se déroulait sans accrocs. Non pas que le SI:7 n’ait éprouvé le désir d’espionner leurs nouveaux alliés non-morts, mais certaines personnes semblaient être dans ce cas. Certaines personnes prêtes à recruter un maître des Ombres pour se renseigner à leur place.
 
Asélryn avait à nouveau retrouvé la piste du Prestelame... et échappé aux coéquipiers que lui avait imposé Shaw. Avant de songer à retrouver sa cible dans cette immense forteresse de la Lame d’Ebène, elle devait s’assurer de ne pas être repérée. Au vu des méthodes locales, elle préférait ne pas imaginer un hypothétique échec.
 
Lentement, les goules et assemblages serviteurs des chevaliers de la mort tirèrent les lourdes chaînes reliées à la porte et les battants se refermèrent avec un claquement lourd et retentissant. La Gamine n’avait pas repéré d’autre sortie lors de son inspection préalable des alentours. La seule issue connue venait de disparaître et cette désagréable impression d’enfermement l'oppressait déjà.
 
Les chevaliers présents se réunirent alors près d’un grand socle visiblement imprégné de magie. Asélryn se laissa chuter avec souplesse sur le sol, quelques mètres plus bas, dans le silence le plus total. Bien qu’elle ne fut encore qu’une novice dans beaucoup de domaines, elle faisait toujours preuve d’une grande maîtrise pour tout ce qui touchait aux acrobaties.
Une abomination grogna légèrement en tournant la tête en sa direction. Elle s’éloigna alors aussi vite que son illusion le permettait et se posta sur une lourde étagère chargée de fioles au contenu douteux. La créature de chair fixa encore quelques secondes le lieu de son atterrissage puis s’ébroua, pas assez futée pour prendre la peine de vérifier.
Asélryn calma son rythme cardiaque en fermant les yeux pour chercher à se détendre. Elle prenait déjà trop de risques.
 
Une voix la tira de sa courte méditation, grave et désincarnée. En rouvrant les yeux, elle vit que le socle autour duquel étaient réunis les chevaliers laissait apparaître l’image d’un homme porteur d’une armure noire plus grande et portant plus d’ornements que celles des hommes déjà présents. Un officier sans doute.
 
« - Où en sommes-nous ? »
 
Un chevalier se détacha du groupe pour lui répondre.
 
« - Tout fonctionne comme prévu. Nous avons pu nous déplacer librement dans Hurlevent sans problème notable.
- Avez-vous pu repérer visuellement vos cibles ?
- Le prétexte de la transmission de respects envers nos nouveaux alliés nous a permis de rencontrer les rois nain et gnome, ainsi que la grande prêtresse des elfes de la nuit mais pas le roi Wrynn. Aucun ne doute de notre appartenance à la Lame d’Ebène pour l’instant. »
 
L’homme dont l’image était projetée esquissa un large sourire moqueur.
 
« - Ces traîtres nous offrent une couverture parfaite. Vous devez juste éviter à tout prix de les croiser. Eux seuls sont capables de nous reconnaître et le Roi-Liche compte sur chacun de nous.
- Nous sommes ses champions, nous n'échouerons pas. L’affaiblissement de l’Alliance provoquera indéniablement une réaction de la Horde. Bientôt, les vivants se déchireront mutuellement pour finalement tous Le servir. Victoire pour le Fléau ! »
 
L’homme se frappa le torse pour donner de la force à son salut, qui fut repris par ses confrères, ainsi que par l’officier. La transmission s’interrompit et les chevaliers se dispersèrent vite.
 
Asélryn était estomaquée par ce qu’elle venait de voir et d’entendre. Ce qui était jusqu’ici une simple traque devenait une affaire lourde, impliquant l’intégrité même de l’Alliance menacée par une sombre machination du Fléau. Sa première pensée fut que cette affaire était trop grosse pour elle. Elle était désormais enfermée dans un bastion caché du Fléau, au beau milieu des Maleterres de l’ouest, où se tramait sans doute l’assassinat de meneurs de l’Alliance, et peut-être bien de tous si la chance leur souriait. Au diable le Prestelame, elle devait sortir d’ici et avertir les Services au plus vite.
 
Mais elle vit alors un chevalier s’approcher de l’étagère qui lui servait de perchoir pour jeter un œil aux fioles. La jeune fille retint son souffle et se contenta de regarder l’homme, tétanisée. Si par malheur il levait les yeux et perçait son camouflage, elle aurait peut-être l’occasion de découvrir ces fameuses mixtures pour participer à leurs plans en tant que goule.
Une femme s’approcha à son tour de l’étagère et le premier non-mort lui montra une fiole remplie d’un fluide verdâtre.
 
« - Si nous trouvons le moyen de verser un petit quelque chose dans les cuisines royales de Hurlevent, nous pourrions éliminer le roi Varian ainsi que tous ses successeurs potentiels. Cela créerait sûrement un chaos suffisant pour faire s’effondrer le royaume, peut-être sans l’aide de la Horde.
- Pour l’heure, nous n’y avons pas accès et ce moyen est bien moins sûr qu’une épée plantée dans le cœur. Nous ne pouvons pas nous permettre de risquer un échec. Ne préférerais-tu pas pouvoir enfoncer ta lame dans les entrailles de ce roi ? »
 
Tous deux échangèrent un sourire entendu et vicieux, puis s’éloignèrent de l’étagère après que l’homme ait reposé la fiole en gratifiant sa collègue d’un « Tu as raison… ».
Ne perdant plus une seconde, Asélryn inspecta avec précision l’ensemble de la salle du regard. Trois issues quittaient cette pièce immense un peu trop remplie de chevaliers du Fléau à son goût. L’une était bloquée par plusieurs soldats en discussion et une abomination montait la garde entre les deux autres, bien que plus proche de celle de gauche. La dextre s’imposait presque.
Elle pourrait toujours retrouver son chemin plus tard, en l’état actuel des choses, quitter cette pièce était une priorité.
 
Elle rasa le mur jusqu’à cette échappatoire, luttant pour conserver sons sang-froid. Lorsqu’elle atteignit enfin l’ouverture, elle s’y engouffra rapidement alors que l’abomination tournait la tête dans cette direction.
 
Toujours trop précipitée…
 
Asélryn heurta la goule de plein fouet, qui tituba en arrière avec un cri étranglé. Après un tel choc, son illusion se brisa et elle fut alors entièrement visible. Bien entendu, le son émis par le serviteur attira immédiatement l’attention des chevaliers les plus proches, qui ne manquèrent pas à leur tour de donner l’alerte.
 
Et merde !
 
D’un balayage, elle fit tomber la goule à terre, la délestant au passage de ses rotules ainsi que d’un tibia, puis s’élança dans le couloir devant elle. Dans sa course, elle entendit les chevaliers se lancer à sa poursuite mais n’osa pas regarder derrière.
Asélryn émergea dans une grande forge où plusieurs squelettes battaient des épées de saronite brûlantes. Sans prendre le temps de voir le nombre de sorties, elle traversa la salle à toute vitesse et prit la première issue venue.
Un nouveau couloir la mena dans un escalier qu’elle se mit à gravir rapidement. Haletante, le cœur battant à un rythme effréné, terrifiée en imaginant seulement ce qui pouvait s’être lancé à sa poursuite, elle arriva dans une pièce remplie d’artefacts dont elle n’imaginait pas une seconde l’utilité, bien qu’elle devinât leur usage en nécromancie.
Scêptres, orbes, crânes et bâtons luisants de magie sombre, rien de rassurant en somme. Une autre sortie se trouvait à l’autre bout mais il était clair qu’en matière d’endurance, elle ne battrait pas des mort-vivants. En levant les yeux, Asélryn vit les larges poutres tenant le plafond et l’usage des pierres du mur mal disposées lui parut comme une évidence.
 
Elle entama alors l’escalade la plus rapide de sa vie. Sans prendre le temps de s’assurer de la solidité de ses prises, elle grimpa à toute vitesse, sa peur d’être attrapée lui faisant oublier celle de la chute. Ses indéniables dons de grimpeuse furent son salut et l’amenèrent très vite à un niveau proche du plafond et des poutres. Mais peut-être pas aussi proches que les pas métalliques et les éclats de voix qui résonnaient dans l’escalier menant à la salle.
S’assurant d’une seule main, elle saisit une dague à sa ceinture et l’enfonça de toutes ses forces dans le bois moisi. S’appuyant alors des deux mains contre le manche, elle força des jambes contre le mur qu’elle avait escaladé, se bloquant contre le plafond. Muscles contractés à l’extrême, elle ne bougea plus d’un cil tandis que ses poursuivants pénétraient dans la salle et s’y dispersaient.
L’effort à fournir se faisait bien vite insoutenable, elle sentait qu’elle ne tiendrait pas plus de quelques secondes supplémentaires alors que chevaliers et serviteurs fouillaient la pièce.
 
« - Je vous préviens que si vous laissez cet intrus s’échapper, vous compromettez les plans du Roi-Liche, ainsi que nos existences ! Trouvez-la ! »
 
Les chevaliers, geists et goules qui la poursuivaient quittèrent la salle par l’autre sortie au pas de course. Dès que le dernier eut disparu, Asélryn fit soudainement grâce à ses muscles douloureux en lâchant sa prise tout en quittant sa position contorsionnée. Elle voulut amortir sa chute à l’aide du mur qui lui avait permis de grimper mais n’y parvint pas réellement et rata sa réception. Le choc lui arracha un grognement sourd et une douleur virulente se fit sentir au niveau de sa cheville gauche.
 
Foulée… Vraiment ce qu’il me manquait.
 
Elle se la massa pour tenter d’atténuer le calvaire puis releva la tête pour mieux inspecter les lieux. Le geist laissa alors échapper un gargouillis sans la quitter les yeux. Asélryn se maudit intérieurement.
Comment avait-elle pu ne pas le voir ? Il était parfaitement envisageable que ses poursuivants laissent quelqu’un fouiller la salle mais cette possibilité ne lui avait même pas effleuré l’esprit. La créature se mit alors à lui tourner autour comme un oiseau de proie tandis qu’elle tentait de se relever. Elle n’avait presque aucune amplitude de mouvement, l’issue de l’affrontement se faisait incertaine. Asélryn porta une main à sa ceinture pour sortir un poignard mais ce geste entraîna la charge du geist qui lui bondit rageusement dessus. Elle fut plaquée à terre et sentit les mains de la créature tirer furieusement son arme pour lui prendre. La jeune fille s’accrocha à sa lame comme à sa vie, dents serrées, face aux hurlements fous de son ennemi.
Plus que jamais, elle ne devait pas lâcher prise.
 
Mais elle sentait progressivement le manche glisser entre ses doigts, s’humidifiant de sueur que le geist ne connaissait pas de son coté. Elle perdait du terrain à chaque seconde dans cette lutte désespérée mais ne pouvait se résigner à abandonner. Mourir de sa propre lame, à cause de cette créature rachitique après avoir échappé aux chevaliers était inenvisageable. Elle n’allait pas périr comme ça, c’était hors de question !
 
Mais soudain, la prise de son adversaire sur le manche du poignard se desserra et Asélryn en profita immédiatement pour le lui arracher et le planter là où devait normalement se situer un cœur.
Mais le geist était déjà mort, gorge tranchée. Alors que la créature s’affalait, elle put voir son assassin, tenant encore sa dague à la main. Elle s’attendait alors à voir n’importe qui sauf cet homme, et pourtant, c’était lui qui l’avait faite venir jusqu’ici.
 
Le Prestelame…
 
Asélryn resserra sa prise sur son arme, prête à vendre chèrement sa vie, mais le kaldoreï lui tendit alors la main. Elle resta stupéfiée quelques secondes, à fixer la paume.
 
« - Lève-toi, rester ici la dernière chose à faire. »
 

Elle se résolut finalement à accepter son aide. Sans un mot de plus, le Prestelame lui passa un bras dans le dos pour la soutenir et ils quittèrent la salle en hâte.

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Lun 17 Fév - 21:11

La lourde porte métallique se referma avec un claquement sourd tandis qu’Asélryn et le Prestelame s’accordaient enfin une pause dans une petite salle où étaient entreposées plusieurs armes basiques et rouillées à des râteliers qui ne payaient pas de mine non plus. Le kaldoreï l’aida à s’asseoir et revint vers la porte pour y coller son oreille et s’assurer qu’ils n’avaient pas été suivis. Sa voix grave et calme ne laissa pas transparaître la moindre émotion.
 
« - Le Fléau a ses propres furtifs, il faut espérer que nous n’en ayons pas croisé.
- Pourquoi as-tu fait ça… ?
- Si jamais c’était le cas, il faudrait qu’ils se mettent en tête de nous éliminer eux-mêmes plutôt que de signaler notre position au gros de leurs troupes…
- J’ai été envoyée pour te tuer…
- Ça ne reste que des cadavres animés par nécromancie, je pourrais en vaincre trois ou quatre en même temps.
- Tu aurais du me laisser où j’étais… »
 
Poussant un long soupir, il cessa enfin de l’ignorer et mit fin à son monologue pour la regarder. Son visage laissa enfin paraître une expression qu’Asélryn assimila à une lassitude profonde qui n’avait pourtant pas sa place dans de telles circonstances.
 
« - Pour que tu rejoignes leurs rangs ? Ce serait stupide.
- Tu pouvais bien resté caché, ce n’est pas la goule que je serais devenue qui t’aurait trouvé.
- C’est triste de te voir accorder si peu de valeur à ta vie…
- Parce que le sort que tu as réservé à Soren t’a attristé peut-être ?! »
 
Elle avait presque crié. Bien sûr, elle était heureuse d’avoir pu en réchapper mais cet homme était la dernière personne au monde à qui elle voulait être redevable. Fronçant les sourcils, le Prestelame s’approcha d’elle à pas de loup et fit jaillir une lame courte de nulle part.
 
« - Si tu te mets à hurler, je vais effectivement devoir te tuer…
- Pourquoi tu ne l’as pas déjà fait ? Je ne suis pas différente de tous les agents que tu as pu tuer, en quoi ça t'gêne ?
- Je peux déjà te contredire. Les autres chercheraient à défendre leur vie alors que toi tu veux que je te tue en faisant preuve d’une fierté stupide et dangereuse. »
 
Il approcha son visage de celui d’Asélryn qui le défiait, en plissant légèrement les yeux et continua d’un ton glacial.
 
« - Je vais être clair. Les querelles fréquentes entre moi et le SI:7 sont aussi futiles que les disputes quotidiennes d’enfants turbulents. Vous avez beau en faire une affaire de première importance, ce conflit démesuré est d’une stupidité elle-même incommensurable. Nous nous trouvons dans un bastion du Fléau à quelques jours de marche de Hautebrande. L’information d’un tel rassemblement devrait t’inquiéter bien plus que la présence du simple hors-la-loi que je suis… »
 
Elle ne sut que répondre. Il marquait un point et le ton adopté laissait difficilement répliquer.
 
« - Cet endroit est surveillé avec rigueur par l’élite du Fléau et je ne suis pas sûr de pouvoir en sortir par mes propres moyens, et pour ce qui est de ton cas, je préfère ne même pas en parler… Si je t’ai aidée, c’est parce que le fait d’être deux nous ouvre beaucoup plus de possibilités et accroît nos chances de survie.
- Coopérer ? Tu plaisantes j’espère…
- Ce sera ça ou deux cadavres de plus pour le Fléau. »
 
Asélryn pesta pour seule réponse.
 
« - Rien ne t’empêchera de tenter de me capturer une fois que nous serons sortis d’ici… »
 
La Gamine resta pensive et ne prêta pas attention au ton sarcastique de l’elfe. Il était hors de question de s’allier à un ennemi des Services mais elle n’avait pas vraiment le choix, et puis quelque chose d’autre entrait en jeu. Pendant tout ce temps passé à poursuivre le Prestelame, elle l’avait menacé, maudit, mais aussi admiré sans se l’avouer. Sa façon d’être et d’agir l’intriguait, la fascinait et la frustrait. Au-delà de ses talents surdéveloppés, elle enviait cette liberté et le courage de défier aussi ouvertement le SI:7.
 
« - Décide-toi, je n’ai plus de temps à perdre ici.
- … c’est d’accord.
- Bien. »
 
Le Prestelame lui tendit alors la main pour l’aider à se relever mais il ne la lâcha pas une fois qu’elle fut debout. Leurs regards se croisèrent.
 
« - Keln Stormrunner, nous allons dire que je suis heureux de faire équipe avec vous. »
 
Tout le SI:7 le savait, cette précision était bien inutile. Cependant, elle ne se risqua pas à briser l’étrange ambiance qui régnait alors entre deux éternels ennemis, alliés de circonstances.
 

« - Asélryn Elraan, le plaisir est pour moi… »

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Mar 18 Fév - 18:45

Le geist n’émit qu’un couinement à peine audible tandis que l’acier s’enfonçait dans sa nuque avant de sectionner ses cervicales d’un geste net et d’une précision chirurgicale. La carcasse menaça de chuter de la corniche servant de point d’observation mais fut rattrapée à temps et Asélryn l’installa de manière à ne pas attirer l’attention des séides du Fléau en contrebas.
Cette salle immense était un passage obligatoire pour ne pas revenir en arrière mais était rempli de non-morts et de cadavres prêts à être réanimés. Plusieurs arches longeant les murs servaient de perchoir à des geists qui se contentaient de surveiller les lieux en silence. Des corps étaient entassés par dizaines en bas et des nécromanciens s’affairaient à la tâche de les relever pour grossir les rangs des flaëllés. Bien qu’elle évitât d’y jeter un œil, la Gamine supportait mal l’idée de passer ici sans y prêter attention. Même si elle devait se résoudre à simplement prévenir le SI:7, les morts réanimés ici feraient sans doute d’innombrables victimes un jour ou l’autre.
 
Malgré les difficultés qu’elle avait à s’y faire, elle se dirigea vers la sentinelle suivante. En parallèle, le Prestelame se chargeait de celles en face de ses cibles pour éviter d’attirer l’attention des vis-à-vis. Ces éliminations devaient être un maximum simultanées, en espérant qu’aucune sentinelle ne remarque la mort de ses comparses avant que ne vienne son tour.
 
Plus elle y pensait, plus l’idée de coopérer avec le Prestelame lui paraissait stupide. Une fois qu’il n’aurait plus besoin d’elle pour sortir, il pourrait se débarrasser d’elle, tout comme elle pouvait le faire pour lui. Cet accord ne se fondait que sur des besoins et sans ceux-ci, ils étaient ennemis. Restait à pouvoir dire combien de temps ça durerait. Le désir d’initiative pouvait s’avérer fatal du fait qu’on ne pouvait dire précisément à quel instant l’un n’aurait plus besoin de l’autre.
Asélryn atteignit enfin le fond de la salle et égorgea une dernière sentinelle tandis que Keln faisait de même de son coté. Ce dernier désigna rapidement la sortie en contrebas, lui intimant de descendre discrètement la première. La Gamine laissa l’Ombre la recouvrir et s’apprêta à obéir quand son regard se figea derrière le Prestelame. Elle voulut le prévenir mais s’empêcha de crier.
Alors qu’elle laissait son camouflage se dissiper, il était déjà trop tard.
 
Le kaldoreï perçut sans doute le battement d’ailes et se retourna juste à temps pour que les griffes de la gargouille ne lacèrent ses bras plutôt que son visage. La créature cria en tentant d’emporter Keln dans son élan, ou au moins de le faire tomber de son perchoir.
Deux perspectives aussi mortelles l’une que l’autre en somme.
 
Asélryn vit alors l’elfe être soulevé par la bête mais aussi étrange que cela parut, la proie s’accrochait elle-même à son assaillant. Le bras du Prestelame fut enfin libéré par les serres tranchantes mais ce dernier restait suspendu de son autre main à une patte. Ce n’était visiblement pas ce qu’avait prévu la gargouille, qui perdit de l’altitude en poussant des hurlements suraigus et paniqués, traçant de ce fait une trajectoire hasardeuse.
Keln put en profiter lorsque le mur fut à sa portée, en posant un pied contre celui-ci avant de donner une impulsion et remonter au niveau de la bête qui ralentissait sa propre chute. Un poignard jaillit soudain dans sa main et se planta dans le crâne du monstre dont la chute s’accéléra avant de se terminer, tout de même suffisamment amortie pour épargner le passager improvisé de ce vol.
 
Le Prestelame n’eut pas le temps de se relever que déjà, plusieurs goules fondaient sur lui, dirigées par les nécromanciens. Des lames se retrouvèrent alors sur la trajectoire des griffes et le premier mort-vivant fut stoppé dans son élan par une gamine visiblement dérangée d’une approche aussi directe.
 
« - Debout !!! Allez !!! »
 
Keln fut soudain dans le dos de la goule et une paire de poignards sectionna la colonne vertébrale déjà fragilisée, laissant la créature s’effondrer dans un râle. D’une frappe rapide et précise, un nouveau non-mort se retrouva délesté de sa tête pour s’être trop approché.
 
« - Ne me donne pas d’ordres.
- C’était un pas de l’ombre ?! »
 
Asélryn vit une autre goule se ruer sur elle et dévia sa griffe droite avec une de ses armes pour lui enfoncer l’autre entre la gorge et le menton à deux reprises. Pivotant sur elle-même tout en se baissant, elle envoya les deux dagues sectionner les restes d’articulations au niveau des genoux de la bête. De son coté, le Prestelame semblait s’en sortir.
 
« - C’en était un oui.
- On doit sortir d’ici !
- Quel trait de génie. »
 
Les deux combattants restèrent à proximité l’un de l’autre tout en se défendant et en reculant lentement vers la sortie. Plus loin, les nécromanciens faisaient s’accroître le débit d’arrivée des mort-vivants plutôt que de tenter d’agir par eux-mêmes. Ces deux intrus ne donnaient aucune envie d’approcher, notamment le kaldoreï qui taillait ses ennemis en pièce machinalement sans la moindre difficulté.
 
Plus proche de la sortie, Asélryn était bien trop concentrée sur les vagues de goules pour regarder derrière elle. Elle le regretta amèrement en se heurtant à une masse flasque et rêche. En se jetant à terre, elle évita de justesse le crochet de l’abomination qui bloquait la sortie dans presque toute sa largeur.
Les cadavres ambulants se ruèrent immédiatement sur elle mais aucun ne l’atteignit, victimes des frappes du Prestelame. Si elle avait un jour imaginé qu’il lui sauverait la vie…
 
« - Relève-toi et occupe les goules ! Je me charge de l’assemblage ! »
 
Elle se résigna à obéir sans discuter et refit face à la masse grouillante qui ne cessait de croître, dos à dos avec le kaldoreï qui, lui, avait affaire à un client nettement plus… lourd. Asélryn déjoua les frappes de ses adversaires, peu précises, mais il n’y avait pas à se leurrer. Elle ne pouvait pas tous les contenir seule. La fuite était obligatoire mais Keln semblait toujours être aux prises avec l’abomination et elle ne pouvait détacher son attention des goules pour voir où il en était.
 
Merde, merde, merde ! Je sens que j'vais l'regretter mais tant pis !
 
Subitement décidée à jouer le tout pour le tout, Asélryn se retourna et bondit sur la créature de chair sans faire attention au Prestelame, qui venait de dégainer un long sabre fin contrastant avec ses habituelles lames courtes.
La gamine arriva près de la minuscule tête et enfonça ses dagues autour de celle-ci, plus pour s’assurer des prises sur cette masse mouvante que pour la blesser. Elle avait visiblement perturbé les plans de son « associé ». Celui-ci pourfendit les quelques goules tentant de l’assaillir à l’aide de sa lame longue et revint vite à l’abomination alors que la vague suivante s'empêtrait dans les restes de la précédente. Son sang-froid inébranlable semblait soudain mis à l’épreuve.
 
Asélryn se cramponna autant que possible d’une seule main pour chercher un nouveau poignard dans sa botte droite. L’assemblage se secouait en lâchant des grognements agressifs, bien décidé à se débarrasser de ce parasite. La jeune fille parvint enfin à se saisir d’une arme supplémentaire qu’elle planta sans tarder dans le crâne difforme.
Cependant, ça ne fut pas suffisant et Asélryn n’eut pas vraiment le temps de s’en rendre compte. Elle vit à peine le crochet au bout de l’appendice de la bête et bondit... un instant trop tard. Elle sentit l’acier la faucher aux hanches en tranchant le cuir de son armure.
Elle hurla de douleur et fut violemment projetée au sol. En rouvrant les yeux, consciente du danger de sa situation, elle vit le bras au crochet gisant à coté d’elle mais séparé du corps de l’abomination. Son propriétaire regardait ses bras cloués à son buste par deux poignards avec un air ahuri. Quand est-ce que le Prestelame avait fait ça ?
 
Rangeant d’un geste vif le sabre couvert d’ichor mort-vivant, l’elfe hissa Asélryn sur son dos sans ménagement et courut vers la sortie en profitant de la confusion de l’abomination..
 
« - Tu nous compliques encore la tâche ! »
 
Chaque pas ravivait un peu plus la douleur qui lui lacérait le flanc. Où étaient les mort-vivants qui les poursuivaient ? A cette vitesse, ils seraient rattrapés bientôt et cela, elle le devait à son idée stupide. Peut-être avait-elle pensé que Keln ne parviendrait pas à vaincre cet assemblage. Elle aurait bien pu lui offrir un peu plus de temps, tenir un peu plus face aux goules, ne pas abandonner…
 
Ne pas décevoir… Idiote !
 
Sans vraiment voir où ils allaient, elle sentit soudain le soutien de Keln disparaître et chuta avec lui. Asélryn vit alors le Prestelame, main plaquée sur l’épaule, le visage crispé par un rictus douloureux. Face à lui, un guerrier encapuchonné laissa deviner un sourire cruel en passant la main sur son arme. Les runes de l’épée luisaient d’un éclat malsain et lui donnaient des vertiges.
La douleur omniprésente l’empêcha de percevoir grand-chose si ce ne fut les paroles du Prestelame face au chevalier runique.
 
« - Chevalier de la mort… Mais où est Déania quand on a besoin d’elle ? »
 
Soudain, un choc.
Des éclats de voix…
 
Puis le noir.

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Jeu 20 Fév - 20:44

Keln laissa retomber lourdement ses poignets enchaînés en sifflant rageusement entre ses dents. Il avait beau chercher, aucune faille ne lui permettait d’envisager l’évasion. Il s’était fait avoir comme un amateur et se retrouvait maintenant séparé d’Asélryn, dans une geôle crasseuse et sombre, délesté de la totalité de ses armes, même les mieux dissimulées.

Il avait été pris par surprise par le chevalier de la mort et avait fait l’erreur de le croire seul. Son comparse avait juste eu à assommer Asélryn pour qu’elle serve d’otage avant de faire de même pour lui. Mais pourquoi la vue de cette gamine en danger l’avait-il empêché d’agir ? La mort d’un agent du SI:7, lancée à sa poursuite qui plus est, ne pouvait que l’arranger mais il s’était bêtement laissé attraper pour se réveiller enchaîné. C’était vraiment la dernière personne à laquelle il avait besoin de s’attacher. Il avait d’abord prévu de se débarrasser d’elle une fois dehors mais cette idée lui déplaisait de plus en plus. Ce n’était une gamine après tout. Mais désormais, la situation leur avait échappé et leurs chances de survie quant à elles…
 

La porte s’ouvre sur un homme encapuchonné, mais le visage visible malgré la pénombre. Il semble encore jeune mais les tatouages faciaux et sa pâleur cadavérique laissent facilement son allégeance : le culte des damnés, les larbins vivants du Fléau. Il sourit en refermant la porte. Il cache quelque chose de pointu sous sa toge, quelque chose qu’il va certainement très vite lui montrer étant donné que pour que cette chose soit repérable si facilement, il ne doit pas avoir l’habitude d’en porter et l’a donc amené pour lui.
 
 
« - Comment se sent notre rôdeur ? Un peu mal au crâne peut-être
- Peut-être du à cette odeur ? Ce que l’on sent chez les traîtres.
- Et dis-moi, que sens-tu exactement ?
- L’effluve de ton avenir mourant. »
 
Le silence régna quelques secondes.
 
« - Tu fanfaronnes.
- Erreur, je verse pour tromper l’ennui, mais tu n’as pas du relever. Jouer les larbins au milieu de cadavres ambulants n’est peut-être pas le meilleur traitement pour ton pauvre crâne. »
 
L’objet pointu jaillit à la lumière. A première vue, on croirait qu’il s’agit d’un tison mais le rougissement à la pointe n’est pas du à une quelconque chaleur. Ce sang appartenait sans doute à la dernière victime de leurs tortures mais il s’agit simplement d’une pique courte en métal. A croire que les hommes du Culte n’y connaissent pas grand-chose en la matière, il existe des instruments bien plus efficaces et persuasifs.
 
« - Comment es-tu entré ?
- Par la porte.
- Je vais calmer ton envie de faire le fier… »
 
Bien qu'il n’eut pas vraiment menti, le cultiste approche la pointe rougie vers son bras. L’elfe ne bouge pas d’un cil alors qu’il entame un lent geste d’incision. Le cuir de l’armure est vite tranché et soudain…
 


 
Asélryn poussa un long hurlement de douleur. Elle s’était bien attendue à ce que l’acier pointu l’entaille et la fasse souffrir mais ce qu’elle ressentait dépassait de loin ce qu’elle avait imaginé. C’était comme si l’instrument déversait un torrent de douleur par la plaie qu’il créait, celle-ci s’insinuant et embrasant la quasi-totalité des nerfs de son abdomen. La coupure n’excédait pas les cinq centimètres, pourtant elle avait l’impression d’être pourfendue de part en part.
 
La lame s’écarta de son ventre tandis que l’homme tatoué l’observait avec une satisfaction apparente.
 
« - Dois-je répéter mes questions ? J’aimerais éviter de trop t’abimer dans la mesure du possible. »
 
Encore suffocante, Asélryn ne répondit pas et baissa les yeux vers sa blessure sans pouvoir concevoir qu’elle était en réalité si petite.
Le SI:7 l’avait bien mise en condition. Tout agent envoyé en mission périlleuse courait le risque d’être capturé et torturé. Ils affirmaient que le mental pouvait vaincre la souffrance physique dans beaucoup de cas et les préparations dans ce domaine étaient nombreuses. Il s’était avéré que son test d’entrée aux Services en était une mais face à une douleur aussi virulente, elle se demandait combien de temps sa volonté tiendrait avant qu’elle ne les supplie de l’achever.
 
« - Tu fais tes choix. »
 
La main libre du cultiste vint lui saisir le menton et l’instrument approcha dangereusement son visage. Asélryn tenta de se libérer de son emprise mais il la tenait bien trop fermement, elle ne parvint qu’à faire tinter ses chaînes.
 
« - Tu as l’air terrorisée… Ces questions sont pourtant simples. Qu’es-tu venue faire ici, comment es-tu entrée, qui t’envoie et qu’as-tu vu ? »
 
Elle demeura muette, ce qui ne sembla pas étonner l’homme.
La pointe fut apposée sur la joue d’Asélryn, la panique la gagna puis la peau céda. Foudroyée par la douleur, elle s’agita et ne parvint qu’à faire accélérer la manœuvre qui lui sembla malgré tout durer une éternité. Un nouveau cri résonna dans la cellule.
 
 



Des pas. Mon geôlier revient…
 
Le regard de Keln remonte vers la porte de sa cellule, empreint d’une nouvelle volonté chargée de colère. L’absence de contact avec l’extérieur l’empêche de déterminer combien de temps il a passé dans cette cellule mais les séances d'interrogatoire sont fréquentes.
Mais c’est une chance que l’exécutant n’aie pas remarqué la disparition de la boucle de ceinture de son prisonnier. La pierre à laquelle sont fixés ses liens s’effrite vite sous le métal mais avec un outil aussi primaire, le travail s’avére long et fatiguant. Il arrive souvent qu’un cri lointain résonne dans les couloirs et reconnaître sa propriétaire n'était pas compliqué.
Asélryn connait sans doute un sort similaire au sien.
 
Mais maintenant, il est enfin temps d’y mettre un terme.
 
« - Est-ce que tu vas enfin te décider à parler cette fois ? »
 
Le tortionnaire ne prend même plus la peine de cacher son instrument fétiche depuis quelque temps. Ces piques de métal portent un enchantement particulier qui amplifie la douleur à ce qu’il a compris. Des souffrances maximales pour des dégâts physiques réels minimes.
 
Mais cette fois, le cultiste n’est pas venu seul. Dans la pénombre du fond de la salle se tient une silhouette décharnée et aisément reconnaissable. Une goule. L’homme vient immédiatement titiller une plaie encore ouverte dans son bras gauche. Keln tressaillit avec un grognement.
 
« - Je pense qu’il est temps de mettre un terme à ce petit jeu. Si tu ne parles pas, je te laisserai seul et mourant avec notre amie. Elle est affamée tu sais ? »
 
Le détenu roule des yeux.
 
« - J’en ai assez de le répéter. Qu’es-tu venu faire ici ? Et pour le compte de qui ? »
 
Le Prestelame soupire.
 
« - La vérité risque de ne pas te plaire… »
 
L’homme sourit, voyant que la menace de la goule change la donne. S'il se doutait...
 
« - Tu comptes donc répondre à ma question.
- C’est cela. »
 
Il fait mine de se réinstaller pour entamer un récit et le cultiste s’écarte légèrement pour l’écouter.
 
Une marge de manœuvre parfaitement suffisante.
 
D’un coup sec, il parvient à séparer la fixation de ses chaînes du mur et se relève d’un bond.
 
L’arme du sectateur fend l’air mais le Prestelame est nettement plus rapide, enfin libre de quitter ce mur, mais les poignets toujours tenus dans son dos. Le tortionnaire ouvre la bouche pour donner à la goule l’ordre d’attaquer mais le coude du roublard heurte brusquement sa gorge, ruinant temporairement ses cordes vocales avant qu’il n’aie pu émettre un son. Dans la seconde, le pied de l’elfe passe derrière le genou gauche de l’homme de main, tirant soudain pour le lui faire poser au sol. Le genou du roublard remonte aussitôt sous son menton, le délestant de quelques dents, et l’envoie à terre. Keln pivote et attrape au vol la pointe enchantée qu’il vient de lâcher. Posant un pied sur son opposant, il lui jette l’instrument de torture d’un geste de poignet sec et rodé et celui-ci se plante dans son abdomen, arrachant un cri terrible au cultiste.
Sans ciller, le Prestelame le lui enfonce encore plus du pied. Se disant que trois cents ans plus tôt ces hurlements l’auraient vraiment mis mal à l’aise, il récupère les clés de ses liens à la ceinture de l’homme sans rencontrer de résistance. Le larbin parvient à retenir ses cris tandis que son ancien prisonnier se libère enfin de ses liens devant lui.
 
« - A mon tour de poser les questions. Où avez-vous enfermé la petite qui était avec moi ?
- Tu crois que je vais te répondre ? Nous ne craignons pas la mort, nous la servons ! Tu ne tireras jamais rien d’un sectateur mourant, idiot ! »
 
Keln laisse tomber ses fers avec nonchalance et s’écarte en toisant l’homme d’un regard étrange. Difficile de dire s’il est convaincu par ses mots ou s’il prévoit de lui faire subir autre chose.
 
« - Mourant… ? »
 
Il s’approcha de la porte où la goule patientait sagement et murmura la fin de sa phrase.
 
« - Tu as entendu ça ma grosse ?
- Maaaan… ger ? »
 




Les cris du cultiste résonnèrent dans les couloirs bien plus longtemps qu’ils n’auraient du.
 
 
 
Un coup de pied net et appuyé. Une serrure saute et la porte s’ouvre à la volée.
 
Rien ici…
 
Le Prestelame reprend sa course et se stoppe à la porte suivante. Il force de nouveau l’entrée. Il faisait généralement plus dans la finesse mais maintenant il n’a ni le temps ni les outils.
 
Des ossements…
 
Les cris du sectateur ont fini par cesser mais ceux d’Asélryn également et Keln commence à craindre le pire. Il ne se pose plus de question à présent, les choses sont très claires.
Ce n’est qu’une gamine et elle s’est retrouvée ici par sa faute. Le SI:7 n’hésite pas à l’utiliser et la mettre en danger mais il ne veut pas faire de même. Il compte bien la retrouver et la faire sortir de cette forteresse.
 
Un nouveau cri de douleur.
 
Quatre ou cinq portes plus loin !
 
Keln dépasse plusieurs geôles sans s’y attarder et ouvre celle d’où le hurlement semble lui être parvenu pour trouver un sectateur, capuche baissée, s’affairer à torturer sa victime avec le même outil que celui auquel il a eu droit. Il n’attend pas une seconde pour agir.
 
L’homme se retourne brusquement mais le Prestelame s’est déjà évaporé. Il le cherche du regard dans la petite salle mais reçoit subitement un choc violent à l’abdomen qui le plie en deux. Il sent alors une main lui saisir les cheveux, puis son visage heurte brusquement le genou de l’elfe avant d’être lâché.

Ça ne fait que commencer...

Sonné et sans y voir quoi que ce soit, le sectateur frappe à l'aveuglette et a tout juste le temps de regretter son geste lorsqu’une prise solide lui saisit le poignet. La seconde suivante, son propre instrument de torture traverse ses chairs et transperce son cœur de part en part.
 
Keln laisse le corps s’effondrer en laissant l’arme improvisée où elle se trouve et se met à le fouiller pour récupérer les clés des fers. Un petit trousseau à sa ceinture lui permet de défaire en un instant les chaînes d’une Asélryn à demi-consciente. Plusieurs plaies sont visibles sous son armure déchirée, réparties de son visage à ses cuisses. Gamine ou pas, elle n’en a plus tout à fait le corps et son geôlier a peut-être décidé d’en profiter. Le Prestelame esquisse un rictus haineux en jetant un regard au cadavre derrière lui, regrettant de ne pas l'avoir fait souffrir un peu plus.
 
 
« - C’était… un pas de l’ombre… ? »
 
 
Keln sursaute, ne s’attendant pas à entendre une voix faible et curieuse retentir après le traitement qu’elle a subi. En prenant bien garde à ses blessures, il la soulève doucement et se dirige vers la sortie.
 
 
« - C’en était un mais tais-toi. On parlera plus tard. »
 
 
Asélryn ne tarde pas à sombrer, bercée par les pas du Prestelame. Pour sa part, lorsqu'il n'est pas en train de s’assurer que la voie est libre, son regard est en permanence posé sur elle tandis que le remord le tiraille. Il finit par s’arracher à ces sombres pensées et secoue la tête en soupirant.
 
 
Il ne manquerait plus que je devienne comme Towann… Pas besoin de ça.

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Dim 23 Fév - 22:07

« - J’t’assure que ça va mieux !
- Nous attendrons quand même, ils n’ont pas été tendres. »
 
 
Tous deux perchés sur une corniche, les compagnons de mésaventure prenaient un peu de repos après leur éprouvant passage en cellule. Les grandes salles qui composaient cette citadelle possédaient souvent ce genre de renfoncement au-dessus des entrées, une chance pour les évadés qui pouvaient y rester abrités. Asélryn semblait avoir étonnamment vite repris du poil de la bête. Keln avait d’abord eu du mal à y croire.
 
Une jeune fille de seize ans ne ressortait pas indemne de plusieurs jours de torture mais pourtant elle était de nouveau déterminée à sortir. Ils avaient consommé leurs provisions et reprisé leurs armures lorsqu’à la grande surprise d’Asélryn, il avait sorti un nécessaire de couture basique. Elle lui avait même fait part de sa déception en apprenant le sort qu’il avait réservé à son tortionnaire.
 
 
« - T’aurais quand même pu me le laisser ! Au moins l’garder en vie pour que j’me venge un peu ! »
 
 
Le Prestelame comprenait peu à peu comment elle avait pu être recrutée si jeune par le SI:7. Elle avait une capacité d'adaptation surprenante et ne perdait pas le nord, seulement elle se comportait encore souvent comme une enfant. L’ambiance sombre et confinée de ce bastion du Fléau avait de quoi mettre leur moral au plus bas mais elle gardait son entrain et sa force de caractère.
 
 
« - On a assez attendu, on s’bouge maintenant ! »
 
 
L’elfe la dévisagea avec un long soupir.
 
 
Impossible de la faire tenir en place…
 
 
« - Bon ! Moi j’y vais en tout cas alors viens ou reste là !
- Tu penses sincèrement que tu pourrais sortir seule d’ici ? »
 
 
Il esquissa un léger sourire moqueur mais elle répliqua aussi sec.
 
 
« - Et toi ? »
 
 
Keln fut pris de court et se contenta de se passer une main sur le visage.
 
 
« - Ça doit être rageant de savoir que t’as besoin d’moi hein ? Après tout ce temps passé à m’fuir. Remarque, c’est bizarre aussi d’savoir la réciproque après avoir cherché à te tuer. Y a pas une semaine, je jurais que par ton nom.
- Tu m’en voulais pour tes compagnons ? »
 
 
Le silence retomba brusquement. Asélryn se défit du sourire qu’elle avait commencé à afficher avant de répondre.
 
 
« - Bien sûr… J’t’en veux toujours. Pourquoi tu m’as épargnée ce jour-là ?
- Je me suis montré moins cruel que certaines personnes.
- Parle pas par énigmes ! »
 
 
Keln se massa les sinus avant de répondre sur un ton froid.
 
 
« - Les deux hommes qui étaient avec toi n’avaient en tête qu’une seule idée : me tuer.
- Moi aussi !
- J’en doute. Quel âge avais-tu ?
- Quinze ans, mais qu’est-ce que ça a à voir ?!
- Si depuis ce jour tu as souffert, la plus grosse part de responsabilité ne revient pas au hors-la-loi qui n’a fait que sauver sa peau, mais aux monstres qui ont jeté une enfant dans un monde froid où le sang coule chaque jour.
- Qu'est-ce que tu viens d'dire ?! Je ne suis PAS une gamine, c’est clair ?!
- Tu crois qu’avoir du sang sur les mains fait de toi une adulte ? C'est Shaw qui te l'a mis et tu auras beau le cacher, je sais que les visages de victimes t’ont hantée et te hantent peut-être encore. Je suis passé par là et crois-moi, ce n’est pas aussi jeune que l’on mérite de vivre une chose pareille.
- Tu accuses le SI:7 de la mort de Soren et Ernias ?!
- S’ils ne vous avaient pas envoyés me tuer, rien de tout ça n’aurait eu lieu ! Et pour ta gouverne, l'offense qui a fait de moi leur ennemi en premier lieu a été de simplement refuser de les rejoindre. Voilà leur justice ! »
 
 
Asélryn voulut répliquer mais ne trouva pas les mots. Avec un grondement rageur, elle lui tourna le dos avant d’aller s’asseoir un peu plus loin. Keln ne bougea plus, se contentant de secouer vaguement la tête.
 

Ce n'est pas en se querellant qu'on sortira d’ici vivants.

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MessageSujet: Re: [BG] La Gamine   Mar 25 Fév - 20:16

Kronder, nain de son état et sectateur du Culte des Damnés à ses heures perdues, ne savait pas où donner de la tête. Les choses s’étaient mises à dégénérer quelques heures auparavant et maintenant, il se retrouvait dans une situation peu enviable.
Foutu hasard !
 
 
Deux espions avaient été capturés dans le bastion deux jours plus tôt et ils en étaient donc à la phase d’interrogation. Le système était simple : Les torturer pour tirer d’eux un maximum d’informations sur les potentiels ennemis du Fléau ainsi que pour satisfaire les désirs sadiques de plusieurs d’entre eux. Mais Kronder n’était pas comme ça.
 
Bien sûr, il se dévouait corps et âme à la cause du Roi-Liche mais il trouvait inutile de faire souffrir ses ennemis plutôt que de les tuer immédiatement. Après tout, ceux-là subiraient encore une journée de torture (voire quelques heures selon l’humeur des têtes pensantes) avant d’être changés en goules serviles. Tout leur fatras de supplices physiques et mentaux n’étaient qu’une perte de temps.
Et pourtant, on l’avait assigné, lui, pour relever le tortionnaire de l’un des prisonniers (la jeune fille) et terminer le travail une fois cela jugé nécessaire par ses supérieurs. La nécromancie, c’était son truc en revanche. Il prenait même plaisir à voir ses victimes succomber puis renaître immortels et prêts à Le servir. Il avait l'intime conviction de leur rendre service.
 
Mais le fait est qu’il ne prit pas cette relève, lui-même surpris par ce sursaut envers l’autorité. Et il avait reçu une bonne leçon : Les prisonniers avaient tué leurs geôliers et s’étaient évadés. Nul doute qu’il serait mort (et relevé) s’il avait fait ce qu’on lui avait demandé, et il avait pris un savon assez violent (le genre qui n’a pas lieu deux fois dans une vie). Le meilleur moyen de se rattraper était désormais de les retrouver et de les exécuter avant de retourner voir les dirigeants avec deux belles goules fraîchement relevées.
 
 
Cependant, la tâche n’était pas facile. Ils savaient se cacher les bougres, mais Kronder avait l’esprit logique et la connaissance des lieux. Ses proies devaient être éprouvées après ces séances de torture (au moins un avantage mais quelle idée de les laisser s’échapper !), ce qui lui donnait une longueur d’avance. Ensuite, ils chercheraient probablement à sortir. Il suffisait donc de leur bloquer la voie à un endroit précis qu’ils seraient forcés d’emprunter pour atteindre la sortie.
Cet endroit était une petite voûte qui faisait office de passage entre une salle remplie de gargouilles endormies et un des nombreux laboratoires à Peste. C’est ici qu’il les coincerait.
 
 
Arrivant à la voûte, il saisit les deux hachettes accrochées à sa ceinture et laissa les ombres le recouvrir. C’était un avantage qu’il avait sur beaucoup de ses confrères : une expérience de furtif. Avec cela, il n’avait plus qu’à attendre, invisible, que ses prisonniers n’arrivent, puis il les égorgerait tranquillement avant de les ranimer.
Si avec une telle prouesse il ne montait pas en grade, ce fut vraiment que ses supérieurs le détestaient. Si c'était le cas ils consentiraient au moins à ne pas le changer en goule.
 
Kronder attendit patiemment pendant plus d’une heure sous illusion. La patience était toujours récompensée au sein du Culte, ses proies ne pouvaient lui échapper.
 
 
Et soudain !
 
Cette distorsion de lumière, cet effet de flou à quelques mètres devant lui, il ne pouvait que le reconnaître.
 
Un camouflage imparfait.
 
 
Une de ses proies était un furtif qui manquait visiblement d’entraînement. Un sourire se dessina sur son visage, ses dents à peine visibles sous sa barbe lui donnant un air un peu effrayant.
Il tenait enfin le succès qu’il attendait, et bien plus tôt qu’il ne l’imaginait. Il s’avança dans la direction de ce furtif imprudent. Avec la diminution de distance, il verrait sa proie de plus en plus nettement et…
 
 
Au second pas, un chuintement métallique, douleur atroce, chaleur de son sang échappé de sa trachée sectionnée. Il s’effondre, l’incompréhension la plus totale dans le regard.
 
Que devenaient ses rêves de gloire ?
 
 


 
Keln apparut en même temps qu’un nain se couvrant de son propre sang et, sans comprendre sur le coup, Asélryn laissa glisser les ombres pour redevenir visible à son tour.
 
 
« - Des furtifs… C’est ce que je craignais.
- Ça complique encore la tâche.
- Concentre-toi sur la route à suivre en espérant que ton intuition soit bonne. Je m’occupe des furtifs mais garde ton illusion le plus possible et fais un effort. Je te vois comme en plein jour.
- C’est normal ! J’suis visible là ! »
 
 
Le Prestelame se passa une main sur le visage. Qu’avait-il fait pour tomber sur une gamine pareille ?
 
 
« - Et qu’est-ce que je viens de te dire ? Ton illusion idiote !
- Ça va ! Ça va ! »
 
 
Asélryn redevint invisible mais tout de même pas assez au goût de Keln. Peu importait à ce point-là, ils feraient avec.
 
 
 
 
Dépassant l’angle d’un mur, Asélryn peina à retenir une exclamation soulagée. Elle opta pour se plaquer au mur en clignant des yeux, aveuglée par ce qu’elle espérait tant voir depuis longtemps : De la lumière. La lumière du jour.
 
Excitée, elle chercha Keln du regard mais celui-ci était déjà visible à ses cotés, apparemment au fait de ce qu’elle venait de voir. Il le confirma en murmurant :
 
 
« - Garde la tête froide, nous ne sommes pas encore sortis. »
 
 
Elle se contenta de hocher la tête, submergée par une vague de bonheur à l’idée de quitter enfin cette maudite citadelle. Elle aurait tout donné pour sentir la chaleur du soleil, le souffle du vent, la fraîcheur de…
Elle fut subitement plaquée contre le mur par le bras du Prestelame, redevenu invisible (quoiqu’elle fut capable de discerner plus ou moins sa silhouette, se trouvant juste à coté). Trois chevaliers de la mort passaient devant eux et Asélryn retint son souffle jusqu’à ce qu’ils fussent éloignés. Elle en profita alors pour observer la pièce et savoir plus exactement d’où venait cette lumière.
 
Dans la salle se trouvaient entreposées de nombreux engins de siège, de la simple catapulte aux fameux chariots à peste du Fléau. L’endroit était naturellement gardé par des membres du Culte des Damnés, aisément reconnaissables à leurs tatouages, et plusieurs étaient affairés sur les engins. Au fond de la salle, une porte immense était équipée d’innombrables loquets et mécanismes. Elle ne semblait pas verrouillée, cependant ouvrir au moins un de ces battants immenses serait compliqué s’ils ne voulaient pas attirer l’attention.

La lumière qui éclairait la salle leur parvenait par plusieurs ouvertures de chaque coté de la porte massive, situées à quatre ou cinq mètres de hauteur. Plusieurs d’entre elles servaient de point d’observation à des squelettes équipés d’arcs et carquois qui scrutaient visiblement toute menace extérieure au bastion. Les murs en-dessous de ces meurtrières étaient lisses et Asélryn voyait mal comment les escalader.
 


Elle sentit alors Keln lui tapoter la cuisse pour attirer son attention. Elle perçut vaguement qu’il lui faisait signe de suivre avant de s’écarter et redevenir totalement invisible à ses yeux. La jeune fille longea alors le mur dans la direction empruntée par le Prestelame.
 
 
Les trois runiques qu’ils avaient aperçus parvinrent au centre de la salle et se mirent à hurler des ordres aux laquais surveillant les machines de guerre.
 
 
« - Verrouillez la sortie ! Nous avons de bonnes raisons de penser que les intrus vont arriver ici, si ce n’est pas déjà le cas.
- Gardez l’œil ouvert et soyez prêts à les accueillir ! »
 
 
Asélryn n’eut pas besoin de comprendre le juron darnassien soufflé par Keln pour comprendre que la situation leur échappait. Ils avaient caché le corps du furtif nain mais visiblement ça n’avait pas suffi et ils étaient tombés dessus. Les deux roublards se réfugièrent derrière une catapulte proche du dernier mur qui les séparaient de l’extérieur. Le Prestelame s’approcha de sa compagne de mésaventure pour murmurer le plus bas possible.
 
 
« - Je vais nous trouver un moyen de sortir, ne bouge pas d’ici. »
 
 
Elle voulut protester mais tout mot de trop pouvait être entendu par les sectateurs du Fléau. Et de toute manière, Keln n’était déjà plus à ses cotés…
Pendant qu’un cultiste esquissait quelques gestes de la main devant la porte, sa magie opérait et les loquets solidarisant les deux battants se refermèrent un à un avec des claquements secs. La sortie qu’ils cherchaient depuis des jours était maintenant scellée et les serviteurs du Fléau, trois chevaliers compris, fouillaient la salle. Keln avait intérêt à vite trouver une issue.
 
Leur séjour en cellule avait été une horrible expérience et Asélryn osait à peine imaginer quel châtiment leur était réservé s’ils étaient pris. Ceci dit, elle osa.
Sans s’en rendre compte, elle prêta moins attention à l’effervescence de la salle et dut se plaquer au sol en conservant son camouflage lorsqu’elle vit un chevalier de la mort poursuivre son inspection près de l’engin qui l’aidait à se dissimuler.
 
 
Idiote ! Tête-en-l’air ! Inconsciente ! Abrutie ! Comment tu peux te laisser distraire dans un moment pareil ?!
 
 
Le runique plissa les yeux et commença à contourner la machine. En le voyant trop approcher, Asélryn se glissa entre les roues, affinant au mieux son camouflage. Les pas se stoppèrent devant la Gamine, qui se mit à adresser une prière silencieuse à la Lumière qui l’avait abandonnée. Cela n’était plus arrivé depuis des années, depuis son échec…
Le chuintement d’une lame interrompit soudain sa prière, puis une prise soudaine sur sa cheville lui arracha une exclamation tandis qu’elle était traînée hors de son abri.
 
C’est alors qu’elle vit le chevalier de la mort, brandissant sa lame runique, lui adresser un large sourire. Un sourire dans lequel elle envoya son pied le plus violemment possible, et elle constata avec satisfaction la perte de pression sur sa cheville (et aussi le craquement d’adieu de quelques unes de ses dents). Vive, elle se glissa entre les jambes de son opposant pour se redresser d’un bond dans son dos.
 
Plus moyen de se cacher maintenant !
 
Le temps qu’elle se saisisse d’une de ses lames courtes, le runique avait fait volte-face mais elle fut assez rapide pour lui planter vivement son arme dans la gorge, laissée vulnérable malgré la lourde armure du non-mort. A cet instant, Asélryn s’attendait à tout… sauf à voir son adversaire sourire à nouveau.

En temps normal, l’aspect ridicule de ce sourire fraîchement dépourvu de quatre dents aurait pu la faire rire.
 
 
Qu’est-ce que j’ai encore raté… ?
 
 
D’un revers de sa main libre, le chevalier de la mort envoya la Gamine contre une catapulte voisine.
 
 
« - Elus et serviteurs du Fléau ! L’ennemi est ic… i ? »
 
 
Sous le regard effaré de la jeune roublarde, la tête du non-mort avait été séparée du reste de son corps avant d’avoir terminé sa phrase. Le Prestelame se tenait derrière lui, la lame de son long sabre ternie de sang noir. Asélryn voulut bafouiller des excuses mais Keln lui attrapa une épaule pour l’amener vers lui et se placer dos à dos avec elle.
L’affrontement était inévitable. Mais cette fois, elle ne devait plus le décevoir. C’était ça ou finir en goule pour de bon.
 
Les cultistes eurent tôt fait de les encercler, en restant cela dit à distance respectueuse. Les deux roublards attendaient patiemment, lames au clair et naturellement prêts à s’en servir. A vrai dire, la jeune fille espérait surtout que son comparse lui propose vite une échappatoire. Le cercle de sectateurs laissa alors passer deux hommes qui vinrent se placer face à chaque intrus. Asélryn se serait volontiers appuyée sur Keln s’il ne s’était pas trouvé dans une situation similaire. Peu importe, c’était à elle de vaincre l’un des deux runiques pendant que son allié se chargeait du second. Ensuite, ils auraient à se débarrasser d’une bonne trentaine de cultistes avant de pouvoir sortir. Le tout bien évidemment avant l’arrivée de renforts du Fléau. « Un jeu d’enfant… » pensa-t-elle avec un sourire nerveux.
 
 
 
Le chevalier runique qui faisait face à Asélryn était un troll… ou un morceau de troll vu son état de décomposition avancé. Avec un ricanement inquiétant – rendu d’autant plus inquiétant par sa voix désincarnée – le non-mort dégaina deux haches ornées de runes. La roublarde perçut le chuintement d’une lame unique sortant d’un fourreau dans son dos. Vu que Keln avait déjà sorti sa lame, il s’agissait de l’autre chevalier de la mort.
Plus à l’aise face à un adversaire lent, Asélryn aurait volontiers échangé sa place avec le Prestelame. Mais en l’état actuel des choses, elle se devait de surpasser son propre opposant sur leur terrain de prédilection commun.
 
Elle tira sa seconde lame et prit une posture défensive. Il valait mieux laisser la première attaque au troll et profiter de la concentration acquise pour l’éviter et tout miser sur la contre-attaque. C’était là une des premières leçons de son oncle, une méthode à employer lorsqu’on ne veut pas se fatiguer… mais en l’occurrence, il s’agissait de mettre toutes les chances de son coté.
 
Avec un rictus horrible, le runique tendit vers elle son poing gauche refermé sur le manche de sa hachette. Un éclair sombre la lia soudain à son adversaire et Asélryn se sentit irrémédiablement soulevée de terre et aspirée vers lui.
 
 
Ça, c’était pas prévu…
 
 
Pendant son vol, la Gamine focalisa son attention sur l’autre main du chevalier, qui allait sûrement porter le prochain coup. Elle plaça ses lames croisées sur la trajectoire de la hache qui s’abattait alors que sa cible arrivait tout juste à portée.
 
Premier tintement métallique.
 
Subitement poussée par son instinct, Asélryn retira ses lames et pivota sur elle-même en s'écartant, évitant ainsi de voir la hache gauche du troll se planter dans son dos. Elle ne prit pas une seconde pour se féliciter de sa chance et fondit sur son adversaire.
La peur d’une mort douloureuse et d’une non-mort encore pire s’estompait, noyée par l’adrénaline du combat. La moindre erreur serait fatale, elle ne le savait que trop bien.
 
 
Après son dernier coup, le chevalier exposait brièvement son flanc, sous le bras gauche encore pris dans son élan. La lame d’Asélryn siffla mais ripa sur les plaques d’armure.
Déjà que survivre constituait un défi, elle devait en plus localiser les failles de la plaque pour que ses frappes aient un effet. Le tout en évitant ces haches au tournoiement infernal…
 
Le ricanement du troll reprit alors qu’il lâchait son arme gauche pour empoigner l’épaule de la jeune fille d'un geste vif. Elle vit l’autre hachette filer vers son abdomen et parvint à dévier sa trajectoire avec la dague qu’elle avait gardée en retrait. L’acier runique trancha cependant le cuir de son armure en laissant une coupure peu profonde sur son flanc. Alors que la douleur la saisissait, elle se mit à réfléchir à toute vitesse pour sortir de ce mauvais pas.
Il fallait qu’il lâche son épaule pour qu’elle récupère sa mobilité. Aussitôt pensé, aussitôt exécuté.
 
La lame droite d’Asélryn traversa le poignet du non-mort en lui arrachant un grincement d’agacement – et non de douleur. La pression sur son épaule disparut mais alors qu’elle prévoyait de s’écarter, elle agit soudain différemment. La réalité sembla lui échapper alors que tout ne devenait plus que perceptions et gestes réflexes.
 
 
Retirer la lame de son poignet. Envoyer celle déjà en main vers sa gorge, il pare le coup. L’autre dague siffle vers une nouvelle ouverture de l’armure découverte à l’instant : son aisselle. L’acier pénètre la chair pourrie, un fugace frisson de satisfaction le long du corps. Retirer l’arme avant qu’il ne tranche le bras la tenant. Un défaut de son armure – ou le vestige d’une blessure de guerre – offre une autre ouverture dans sa carapace d’acier, au niveau de la troisième côte gauche. Laisser les lames siffler en chœur vers ce point à une vitesse insoupçonnée. Brutalement déviées par une hache runique. Emportée sur le coté par mon élan, me fond dedans, deviens l’élan lui-même. Une rotation complète et rapide. Abattre brusquement le talon gauche sur sa tempe. Outre le choc, ça n’a pas l’air de lui faire grand-chose. Il saisit ma jambe. Mauvais. Très mauvais…
 
 
Le troll leva sa hache avec un sourire aussi édenté qu’hilare. Au vu de sa position, la gamine ne pourrait certainement pas éviter et une fois une belle plaie créée, les maladies ne tarderaient pas à l’assaillir et la rendre aussi inoffensive qu’un nouveau-né. Il adorait les nouveau-nés de son vivant. Cuits à point et assaisonnés d’herbes parfumées.
 
 
Bondis. Ton pied libre sur son épaule, une impulsion pour renouveler l'élan. Survole ton ennemi pendant que ta lame trace un sillon sanglant sur la longueur de son bras, nouveau défaut de son armure. Atterris derrière lui, il tient toujours ta jambe, sers-toi-en d’appui pour lui envoyer ton autre pied au visage. Il lâche, une défense pourrie cède au passage, pose une main au sol en réception. Un sabre frappe d’estoc, le chevalier esquive. Un pas parmi les ombres. Son pied est sur le visage du troll. Pression.
 
 
C’est estomaquée qu’Asélryn vit le Prestelame lui sauver encore une fois la vie. A l’aide de ce qui semblait être un pas de l’ombre, il venait de prendre appui sur la tête du troll avant de se projeter en arrière. Le non-mort, de son coté, fut brutalement envoyé au sol par la force et le poids du kaldoreï.
La Gamine n’en revenait pas. Comment avait-il pu venir à bout de son propre adversaire aussi vite avant de venir la sauver ?
 
Un grognement désincarné lui apporta la réponse : Keln n’avait pas éliminé son adversaire.
 
 
Elle voulut parler, mais le Prestelame était déjà à ses cotés et lui passa un bras autour de la taille pour la tenir fermement contre lui. Muette de surprise, elle fixa l’elfe qui semblait se concentrer à ce moment fatidique. Puis soudain…
 
 
Keln fit un pas.
 
 
Asélryn et lui se retrouvèrent sur l’une des meurtrières donnant sur l’extérieur.
 
D’abord éblouie, elle s’effondra à genoux, suffocante. Elle avait l’impression d’être passée dans un étau et qu’à la sortie, toute sa vitalité avait été aspirée. A l’intérieur, les ordres étaient hurlés pour saisir les deux fuyards.
 
 
« - Heureusement que tu es prédisposée aux ombres… C’est la première fois que j’arrive à user d’un pas de l’ombre pour moi-même et une autre personne… Si tu avais été étrangère aux ombres, tu n’aurais probablement pas survécu…
- Merde, préviens la prochaine fois ! »
 
 
Entraînant Asélryn avec lui, le Prestelame bondit à l’extérieur sans prendre la peine d’évaluer la hauteur. Ils chutèrent d’un peu plus de trois mètres avant de se heurter à un sol spongieux, couvert d’herbes hautes. La Gamine tenta de reprendre ses esprits, consciente qu’ils n’étaient pas encore tirés d’affaire, et le souffle puissant d’un vent glacial l’aida dans cette tâche.
 
 
Libre !!!
 
 
Keln se releva à son tour en grimaçant. Ils échangèrent un regard lourd de sens, un regard que ne connaissent que ceux qui frôlent la mort ensemble et bien plus communicatif que la plupart des discussions. Mais un cri retentit soudain, une condamnation.
 
 
« - Assombrisseurs !!! Abattez-les !!! »
 
 
Keln n’était pas un spécialiste sur les appellations du Fléau mais il comprit vite ce que cela signifiait. Son regard passa d’Asélryn aux sous-bois situés à environ trois cent mètres de là.
 
 
« - Cours ! »
 
 
La Gamine ne se fit pas prier. Les deux roublards entamèrent une course contre la mort, une dernière ligne droite pour fuir cet enfer. Très vite – trop vite – de nombreux sifflements se firent entendre et les flèches se mirent à pleuvoir sur les fuyards.
 
Ils avaient parcouru la moitié mais ne devaient qu’à la chance et à leurs zigzags incessants de ne pas avoir été touchés. Le doute ébranla leurs esprits sans ralentir leur course. S’ils étaient perdus, ça n’était pas une raison pour faciliter la tâche des archers.
Les poumons d’Asélryn étaient en feu mais elle ne pouvait se résoudre à ralentir. Après tout ce temps enfermé, elle ne pouvait pas laisser sa liberté lui glisser entre les doigts. Pas si près du but.
Elle sentit un trait se ficher au sol après avoir frôlé son mollet, un autre s’enfoncer là où s’était trouvé son pied une fraction de seconde plus tôt, puis enfin un se planter dans la chair… mais pas la sienne.
 
Le Prestelame s’effondra, une flèche dans le bas du dos.
 
 
La course d’Asélryn se stoppa brusquement, chose qu’elle aurait jugé impossible un instant plus tôt. Elle avait devant elle, prêt à être achevé, un homme dont elle avait juré la mort, un homme qui avait tué ses compagnons, mais un homme qui n’avait pas hésité à risquer sa vie pour la sauver.
Elle n’arrivait pas à comprendre ses raisons et n’avait pas le temps d’étudier la question.
 
 
« - Qu’est-ce que tu fais ?! Cours !! »
 
 
Même dans cette situation, il ne se préoccupait que de sa survie à elle. Depuis leur première rencontre même, il ne s’était préoccupé que de ça.
 
Passant le bras dans son dos, elle souleva comme elle put le Prestelame pour l’obliger à se relever. Et sans se soucier des flèches qui volaient et sifflaient autour d’eux, elle reprit sa course, ralentie par le poids de celui qu’elle était sensée tuer.
 
 
« - Lâche-moi ou on y passera tous les deux !
- Hors de question ! Tu pourras dire ce que tu voudras, j’ai mes propres notions d’honneur ! Je laisse pas crever comme ça celui à qui je dois la vie ! Qu’est-ce que t’essaies de faire depuis tout ce temps ? Hein ?! Toujours à m’épargner, voire me sauver ! Tu sais ce que j’en dis ?! J’en dis que tu vas survivre pour m’expliquer tes raisons ! Ensuite j’aviserai. Si tes explications me conviennent pas, je te livre à Shaw dans un paquet cadeau ! »
 
 
Tandis qu’elle parlait, ils avaient fait quelques pas mais elle réalisait alors tout juste qu’avec le poids de Keln, ils allaient finir en passoire. Un doute affreux la saisit.


La seconde suivante, le cor de guerre résonnait. Et les cris des guerriers. Le fracas des armes et des boucliers. Le piétinement des bêtes sauvages qu’ils montaient.
 
 
C’était la première fois qu’Asélryn voyait la Horde en pleine charge et elle eut immédiatement la certitude que jamais elle ne l’oublierait.
 
Surgissant du sous-bois qu’ils voulaient utiliser comme abri, des dizaines d’orcs, de trolls et de taurens lançaient l’assaut sur la forteresse du Fléau. Le sol s’était mis à trembler et un épais nuage de poussière soulevée accompagnait les guerriers dans leur course. Vue de profil, cette charge héroïque (qui avait le mérite d'attirer les tirs des assombrisseurs) d’où provenaient les cris de guerre qui saturaient l’air alentour était stupéfiante. Qu’est-ce que ça devait être vu de face… ?
Les deux roublards restèrent cois devant la chance incroyable qui avait fini par leur sourire.
Du moins, jusqu’à ce qu’un orc n’arrête son loup de guerre devant eux, portant une armure imposante et une hache colossale posée sur l’épaule.
 
 
« - Dites-moi que c’est une blague… »
 
 
Le guerrier les toisait comme mouche dans son repas, tenant d’une main ferme la bride de sa monture qui trépignait; impatiente de partir au combat. Ce fut seulement après quelques secondes qu’il lâcha un « Ha ! » dédaigneux avant de monter à la charge avec ses frères d’armes.
Soulagée de voir que la haine du Fléau était une valeur commune forte, Asélryn entreprit d’emmener Keln vers le bois, en gardant une distance raisonnable avec les troupes de la Horde.
 
Ils n’échangèrent pas un mot avant de faire une pause une fois certains qu’ils étaient cachés à la vue des assombrisseurs et de la Horde par un épais manteau de verdure. Derrière eux, la montagne qui dissimulait le bastion du Fléau n’était même plus visible. Asélryn laissa enfin une vague de soulagement la parcourir et ne voulut pas s’ennuyer à réfléchir de ce qu’elle allait faire de son comparse.


« - On va retirer cette flèche, mort tu s'rais une plaie à transporter."

_________________
"- Au vu des différents facteurs, nos chances d'échec sont environ de 98%."
"- J'ai toujours été nulle en calcul, j'ai tendance à tricher."
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