Forum de la guilde RP Le Talandra, Navire marchand des mers d'Azeroth, sur le serveur Kirin Tor du MMORPG World of Wacraft.
 
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 Le rêveur

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Anémyce Greenhall
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Classe: Voleur
Sexe: Femme
Peuple: Humain

MessageSujet: Le rêveur   Lun 24 Fév - 16:24

La chaleur était étouffante, cette nuit, à Strangleronce, dans la hutte où se trouvait Édris.  C'était reposé sur son lit de feuilles qu'il patientait ce soir depuis nombre d'heures. La sueur perlait sur sa peau, les volutes d'encens s'élevaient, les fumées du petit feu d'intérieur aussi, et ce mélange de vapeur, d'anthracite et de légères couleurs se dressait, se mélangeait et se mariait jusqu'à atteindre la toiture de l'édifice sauvage, pour s'en extirper depuis la cheminée de fortune, afin de rejoindre l'air nocturne. Tout cela lui avait d'abord terriblement piqué le nez, à le démanger, le déranger, à couper sa respiration même. Et puis il en avait perdu le fil de ses pensées, à demeurer couché là. Il s'était enivré des odeurs puissantes des encens, des odeurs amères des fumées, viriles de celles qui étaient siennes, corporelles et poreuses. Sa vision en était altérée, incertaine et trouble, celle d'un songe, d'un rêve ou d'une âme. Son ouïe était absente aussi, il n'entendait plus rien sinon le crépitement sourd d'un bois enflammé qui paraissait lointain, sinon que son cœur, battant, fort et tenace, se gorgeant et se dégorgeant tour à tour de son encre vermeille, pour qu'à chaque tour en son corps, ce sang lui saisisse la tête, dans la douleur et la gêne d'une mauvaise nuit, d'un mauvais coup.

Un instant, l'homme aux cheveux platine chercha à dresser son visage, pour tenter de se regarder, mais abandonna bien vite, comme vaincu d'une nouvelle secousse de la part de son organe, frappant dans sa poitrine comme un marteau de poids, implacable. Il ne pouvait se voir, mais se connaissait. Il était torse nu depuis qu'il s'était installé dans sa hutte, pour y attendre. Il s'était peint comme l'on devait ici se peindre, comme la nuit qui sévissait lui avait obligé, ordonné. Des traits guerriers d'indigo sur la poitrine, des cercles, des formes sur le visage, de cette même couleur. Ses bras étaient porteurs de brassards verdâtres, comme des chaînes inébranlables le détenant tel un élémentaire, et son dos gardait sous lui quelques paroles d'un dialecte exotique.

Son regard se perdit alors à nouveau dans les unions de gaz qui se formaient au-dessus de lui, celles qui l'embrumaient, qui le calmaient mais qui le surveillaient. Et puis les secousses s'accélérèrent dans sa poitrine. Tel un rythme de percussions, vif mais mélodieux, à la fois excitant, entraînant mais mystique. La respiration du garçon gagna en vigueur, jusqu'à le faire presque haleter. Son torse se mit soubresauter, pour suivre le rythme de son cœur et ses percussions sauvage et incessantes. Son sang ne s'en écoulait que plus vivement dans son corps, lui frappant au crâne plus et plus encore, jusqu'à ce que ses oreilles vinrent sonner à leur tour, pour lui offrir la sensation que la musique venait d'ailleurs.

Faible, douloureux, Édris saisit le courage nécessaire à se relever, s'aidant de ses mains, des tissus vilement brodés de la hutte. Il chancela une fois, souffla, inspira, et tenta à mainte reprise de s'essuyer ses sueurs, vainement. Il n'était alors que moiteur et esprit troublé, sa vision ne lui revenant toujours pas.

A l'aveugle il gagna les pans de l'entrée de la hutte, pour les écarter et s'en libérer. Et ce fut comme un souffle glacial qui lui gifla le corps entier, presque pour le repousser à l'intérieur, tel l'indigne. Mais il tint debout, et le froid surpassé, fit un pas et puis deux en avant, et le souffle revint, ardent cette fois, pour lui ouvrir les yeux.

Sa tête bascula, et il lui sembla un instant qu'il perdait connaissance, que son corps le quittait, l'abandonnait, que son âme sinon se retirait de son enveloppe, pour s'écraser au sol. Mais il ne tomba pas, et quand ses yeux se gorgèrent à nouveau d'énergie, il mirait le ciel profondément noir de la nuit. Il n'y brillait que deux lunes, et pas une seule étoile n'avait le courage de lui faire face. Oui, seulement deux lunes, deux globes de marbre blanc, de pierre grise ou d'or incolore. A ses yeux se présentèrent une volée de cendres incandescentes, soufflée par le vent de la jungle. Il voyait à présent des plus clairement.

Et allant de paire avec ses yeux, ses oreilles non plus ne le trahirent plus. Face à lui un grand feu de joie fouettait le ciel de ses flammes hautes comme un totem de Mulgore, et l'entourant, danseurs et musiciens de la race trolle s'agitaient, se félicitaient, fêtaient. Des percussions variées résonnaient depuis lors, leur joueur s'activant à conduire les danseurs d'un rythme effréné et battant, pour que ces derniers sautent et bravent la chaleur au plus près des flammes, sans peur, sans crainte ni ignorance.

Édris s'avança à pas lents vers l'assemblée. Il était encore à quelques mètres du feu et pourtant déjà il pouvait sentir sa peau devenir cuir, léchée par les températures infernales qui s'élançaient sur lui. Et plus il s'approchait, plus la tourmente s'accentuait, tout comme le rythme des instruments. Il était encouragé, poussé et même tiré vers ce feu. Les trolls s'écartèrent en dansant pour lui libérer le passage, porteurs des mêmes peintures que lui. Ils le scrutaient avec leur douce folie dans les yeux, murmuraient dans leur langage, des sortilèges peut-être, des incantations, des chants.

Au plus près du feu, alors que l'homme se sentait déjà brûler, se perdre non plus dans les fumées mais dans les flammes, le rythme s'atténua. Il perdit en vivacité, perdit en notes, en sauvageries. Il n'en demeura plus qu'une d'ailleurs, de note, une unique, monotone et prenante, tapante. Comme un cœur qui cogne, un marteau qui frappe. Tac. Tac. Tac.

Tac.

Derrière Édris, devant le feu, les danseurs et les musiciens, face aux lunes, une porte s'ouvrit brusquement. Et la nuit s'effaça, les flammes s'éteignirent et tout s'immobilisa, comme en un clin d'œil.

« Édris Traumout, jeune-homme, ta sœur est encore venue se plaindre de ton mauvais comportement avec elle. »

Le jeune garçon se retourna d'un seul coup, tiré de ses songes par la peau des fesses. Il en avait oublié son propre monde. Il en avait oublié sa chambre, son lit, le bureau auquel il faisait alors face, et même sa mère, qui venait d'entrer par la porte. Une grande femme douée de longues jambes, un chignon de cheveux vermeils sur la tête, couplé d'une queue de cheval. Elle portait des frusques à moitié simple et à moitié d'homme, tel ce long manteau verts dont elle ignorait les manches, se contentant de le poser sur ses épaules. Des bottes de cuir noir, un pantalon de tissu gris-bleu et un corsage pour surmonter une chemise trop ample, blanche. Elle avait tout d'une femme venue d'une taverne, d'une espèce de commerçante louche et libertine. Mais elle n'en était rien, non, une femme de la noblesse, impérieuse et caractérielle. Bonne de cœur comme d'âme.

Édris la considéra longuement, le temps de retrouver sa réalité, et probablement une bonne excuse à la complainte maternelle. « Elle a appris où était sa chambre et où était la mienne, mais pourtant elle vient toujours chez moi ! »

La femme inspira un temps, pour regagner le pas de porte, s'y tenant encore un peu pour reprendre : « Je sais bien que tu n'apprécies pas ta sœur, petit monstre chéri, mais ce n'est pas une raison pour t'enfermer constamment dans tes mondes. Elle ne te volera jamais tes rêves, tu sais. Lumière, une qui se plaint de trop rêver et l'autre de ne pas le pouvoir assez, qu'ai-je fait pour mériter cela. »

La mère roula des yeux d'un air rieur, avant de s'en aller et de refermer la porte de la chambre d'Édris.

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